Maria-Pia repartit:

—Elle-même, cher fils, elle-même... La pauvre âme venait prier ici sans doute, ou bien, par curiosité de femme, visiter les apprêts de ses noces.

—Hélas! murmura-t-il, je suis si possédé d'amour! Je vois partout celle que j'aime... Oh! sa grâce, ses regards, son sourire!

Il baissa le front, puis reprit d'une voix plus lente et frémissante:

—Quand elle parut dans l'église, ce fut comme s'il se levait en moi la lumière de mille soleils... Mes yeux s'entre-fermaient d'amour, mes mains froidirent, et je tremblai de tous mes membres. Épouvanté, je la contemplais. Les assistants, autour de moi, me semblaient plus vagues que des ombres: la voix du prêtre, à l'autel, m'arrivait comme s'il eût parlé de fort loin... Comment t'expliquer, bonne mère, une chose que je ne puis comprendre? Je me sentis, dans un transport, enlever l'âme et même le corps, en sorte qu'il me paraissait ne plus toucher à terre... En cet état, je lui parlais, je l'adjurais, je la bénissais; je faisais des vers sur-le-champ, bien que je n'en eusse jamais fait, et si brûlants de passion qu'ils m'arrachaient les pleurs des paupières.

—Dieu t'a envoyé une extase, cher enfant, dit Maria-Pia. Mais achève ton récit, au nom du ciel!

—Que vous dirai-je de plus, ma mère? A l'instant où je repris mes sens, la messe finissait; je sortis. Des vieillards, deux ou trois matelots s'assemblèrent autour de moi, tandis qu'elle remontait en traîneau. Nos yeux se rencontrèrent: elle rougit soudain. Puis, une clameur s'éleva: «Un Français, un Français!» criaient-ils; et ils voulaient porter la main sur moi. Alors, tirant mon épée, et la leur pointant au visage, je me fis faire place: et ils reculaient, quand je les chargeais, puis m'environnaient de nouveau, en poussant des cris... Je m'enfuis, ils perdirent ma trace. J'étais comme un homme en démence. Je voulais demeurer dans l'île, la retrouver, me traîner à ses pieds. Des hommes du vaisseau hollandais, envoyés à ma recherche, m'entraînèrent presque de force... Mais quoi! vous chancelez, ma mère... Qu'avez-vous? Vos yeux sont fixes... Parlez-moi.

—Dans l'île de Rugen? dit Maria-Pia.

—Dans l'île de Rugen, oui, ma mère.