—Hélas! je touche maintenant à un but que je crains d'atteindre. C'est ce qui a allongé mon récit, m'a fait m'arrêter si prolixement aux plus petits détails de ma fuite. J'ai montré un peu trop d'emphase, bonne mère, en décrivant cette nuit, cette neige, mon épée tirée. Il semble que j'aie préparé quelque merveilleux coup de théâtre, et il n'y a rien de si banal que ce qui suit.

—Pour l'amour de Dieu, parle, parle donc!

—J'étais debout, dit Floris, à l'entrée, près du bénitier: je m'y vois encore. Soudain, j'entends un grand bruit de chevaux, les clochettes d'un traîneau qui tintent... La messe n'était pas commencée... Je vous raconte tout cela confusément, ma mère... Quelques cierges brûlaient sur l'autel. Il ne se trouvait dans la pauvre église qu'un petit nombre de fidèles, des femmes, sept ou huit matelots: l'île de Rugen est luthérienne... A ce moment, la porte s'ouvre, j'aperçois des laquais, des flambeaux... Une jeune fille paraît... Mais, chut! Regardez là... Qu'est ceci?

La porte basse qui donnait dans le couvent des Filles de Sainte-Monique venait de s'entr'ouvrir. Une ombre en surgit, une femme. Maria-Pia jeta un grand cri. La blanche figure bondit. Ils la virent passer, le temps d'un éclair, et la porte se referma.

—Oh! exclama Floris, semblable!... Une forme toute semblable!

—Que dis-tu, cher enfant? Réponds-moi!

—Qui est cette femme? s'écria-t-il. Mère, il m'a semblé retrouver en elle quelques traits vivants de celle que j'aime.

—Aurais-tu vu ses traits? demanda Maria-Pia. Malheur! malheur!... Oh! si ton vœu était enfreint!

—Non! Rien que sa taille, sa démarche... Était-ce donc ma fiancée?