—Pauvres femmes! dit Isabelle... En deux ans, en si peu de temps... Et comme ils paraissaient épris!... Quoi! tous trois!... Non, je ne puis y croire.
—Leurs durs parents, reprit Marina, nous ont chassées de nos demeures. Nous n'avons plus de table où nous asseoir, plus de lit où nous reposer, plus de toit où nous abriter... Pitié!... aie pitié de nous, maîtresse... Envoie-nous à Raguse, au couvent.
—C'est là, dit Nonna, que nous voulons passer ce qu'il nous reste de jours à vivre. C'est là que nous prierons pour toi...
—C'est là, poursuivit Oriana, que nous prierons pour nos maris.
Elles se turent, et les autres femmes répétèrent en gémissant:
—Pitié! aie pitié, maîtresse!
—Tout ce que vous désirez de moi, dit Isabelle, mon cœur, par avance, vous l'accordait... En si peu de temps... Tous les trois!... Venez demain à Sabioneira... Ser Pistolese vous y logera en attendant, et vous ne manquerez de rien.
Elles lui baisèrent les mains, et disparurent dans le bois, comme une procession de fantômes, tandis que faisant à pas lents le tour du tombeau de Simonetta, la Grande-Duchesse attachait ses guirlandes aux blanches parois. Quelquefois, les bras demi-levés et presque indistincte dans l'ombre, elle penchait le front soudainement; des larmes mouillaient ses paupières. Ensuite, puisant à la source, dans une buire de cristal qu'elle alla prendre au creux d'un rocher, et toute pâle sous la lune, Isabelle arrosa les tiges des lis qui environnaient le sépulcre.
—Se peut-il qu'il y ait de tels hommes? murmura-t-elle, après un long silence... Est-il vrai, comme on le dit, que l'injustice et le mal couvrent la terre?... Vous avez compris, mon cher Floris, l'histoire de ces pauvres femmes?
—Allons, répondit le Grand-Duc, ne songez plus à cela, mon amour!