«Sous les libations du sang sacré, les collines errantes s'enracinèrent dans les vagues, et, sur les rochers, désormais inébranlables, les fils de la Terre élevèrent Tyr, la cité au large sein[402].»
[402] Nonnos, Dionysiaques.
Les Nègres, eux aussi, avaient fait la même découverte. Sur la place que devait occuper son palais, le Grand Djagga fit décapiter un homme; à travers le sang qui jaillissait, il marcha vers les points cardinaux, puis donna le premier coup de pioche[403].
[403] Bastian, San Salvador.
Sans doute, cette croyance avait été fondée sur l'observation plus ou moins nette que, en zoologie, la formation du squelette résistant coïncide généralement avec l'apparition du sang rouge, dont on avait remarqué les propriétés agglutinantes. On avait conclu que le sang aspergé donne consistance aux boues et aussi à la chair, autre limon. Le sang coûtait si peu jadis!... Mais revenons à notre texte[404]:
[404] Plusieurs textes de rédaction légèrement différente ont été reproduits ci-après, sous une forme quelque peu condensée.
«Et par les vertus du sang répandu, commencèrent les semences à germer, les plantes à croître, les animaux à se propager.
«Et Dieu ordonna que, pour maintenir la Terre ferme et solide, elle fût arrosée de sang à chaque saison nouvelle. Ce qu'ont fait toutes les générations qui nous ont précédés.
«Assise sur une pierre, un jour Tari mangeait des pommes. Voilà qu'en les pelant, la déesse se coupa le doigt et le sang tomba sur le sol, humecta le terrain aride. Et tout aussitôt, de chaque goutte, de chaque gouttelette poussèrent des plants de riz, et la campagne se prit à fleurir[405].
[405] Des fleurs jaillirent de la blessure faite à Odin par un sanglier. Ainsi les roses surgirent du sang de Vénus, quand elle se piqua aux ronces, en courant vers Adonis qui se mourait. Et au même endroit, la Mère de Grâce, Notre Dame marchant sur le rocher, se coupa au talon, et laissa derrière elle une traînée de ces fleurs qu'on a, depuis, appelées les «Roses de Jéricho». Sepp, Heidenthum und Christenthum.
«Tari considéra le riz si dru, le riz si verdoyant. Elle comprit combien étaient grandes les vertus du sang. Si quelques gouttes seulement avaient fait cette abondance, quelle fertilité ne découlerait pas de ses veines largement ouvertes! Tari pensa donc à s'offrir en sacrifice. Tari se présenta, tendit le front au couteau, disant: Me voici, je suis la mériah, je viens pour être immolée[406].
[406] Cfr. Hébr. X, 7; IX 11, etc.