Tari, digne cousine de Moloch et «autres dieux de sang» n'est point la seule de son espèce parmi les divinités khondes. A une foule d'autres génies, aériens, terrestres, souterrains, il faut du sang, beaucoup de sang. Si on ne les en gorge, le sol restera aride et infertile; ni la pluie ni le soleil ne viendront en leur temps.

Les Celtes, nos ancêtres, avaient aussi leurs mériahs; ils achetaient des esclaves qu'ils traitaient largement, et, l'année révolue, ils les conduisaient en grande pompe au sacrifice.—Tous les douze mois, la tribu scythe des Albanes engraissait une hétaïre pour la tuer à coups de lance devant l'autel d'Artémis[415].—Au retour de saison, des hiérodules, qu'on avait nourries d'aliments exquis étaient sacrifiées à la déesse syrienne.—«Les Esprits de la Terre sont altérés de sang», disait Athénagore.—Aux Thargélies, les Athéniens ornaient splendidement un homme et une femme qu'ils avaient entretenus aux frais de l'État, les conduisaient en procession et les brûlaient à l'entrée de la campagne.—Aux fêtes de Patræ, en Achaïe, on jetait des animaux sauvages dans un bûcher flambant;—chez les Tyriens, des brebis et des chèvres; le culte de Déméter et celui de Moloch versaient l'un dans l'autre:

[415] Strabon.

Mos fuit in populis, quos condidit advena Dido,
Poscere cæde Deos veniam, ac flagrantibus aris,
Infandum dictu, parvos imponere natos;
Urna reducebat miserandos annua casus[416]!

[416] Cf. les relation de Thomas Herbert; Paul Lucas, Voyage au Levant; Pietro della Valle, Viaggi.

Passons sur les horreurs de Carthage répétées à Upsala par les Scandinaves, à Rügen et Romova par les anciens Slaves. Jusqu'à ces derniers temps, les Ispahanais célébraient la «Fête du Chameau», ou «du Sacrifice d'Abraham», notons la synonymie. Le grand-prêtre de la Mecque envoyait un sien fils adoptif, montant un chameau bénit. Cet animal était promené en grande pompe par la ville; à un moment donné, le roi décochait une flèche contre ses flancs. En un clin d'œil, la pauvre bête était abattue, hachée, chapelée, déchiquetée, emportée et distribuée au loin, chacun en voulait, ne fût-ce que le plus mince des fragments, pour le mettre dans une grande marmite de riz[417]. Les Ghiliaks[418], les Aïnos aussi, adoptaient un ourson, le caressaient, le dorlottaient, le traitaient en enfant gâté, jusqu'au jour où ils s'en disputaient les morceaux. Les nègres contemporains ne croient pas acheter trop cher les minces succès de leur agriculture en empalant ou en coupant le cou à des jeunes filles superbement parées; persuadés qu'il faut du sang pour appeler la pluie[419]. Même dogme professé par les Peaux-Rouges. Ainsi, les Paunies tuaient une captive des Sioux en lui infligeant d'horribles souffrances, et de son sang aspergeaient les champs de fèves et de citrouilles[420].—Les Loups immolaient une vierge au Génie du maïs[421].—Au Mexique et au Nicaragua, la victime, avant d'être égorgée, recevait des honneurs plus que royaux, car on voulait qu'elle représentât la divinité, se faisant immoler pour le bien de tous. On ne nous dit point que sa chair fût enterrée dans les champs, mais le cœur, fontaine de sang, était le revenant-bon des chefs et des prêtres[422]. Ces exemples pourront suffire.

[417] Silius Italicus, Punica.

[418] Deniker.

[419] Adams, Cf. le veau des Ahrifa d'Alger.

[420] Bancroft, The Native Races of America.—P. de Smet, Annales de la Propagation de la Foi, 1843.