«Tandis qu'il lui ordonnait d'aller à l'endroit où la
grande maison devait être construite.»
En théorie, on pourrait au mot principal ajouter de ces affixes tant et plus, mais on dépasse rarement la dizaine, et on les groupe autant que possible en ordre logique.
Le système de numération qu'ils ont adopté est le plus naturel, et le plus universellement accepté: celui de compter par les doigts. Les quatre membres sont appelés un homme. Pour dire 8 on montre une main et 3 doigts; pour 24, un homme et 4 doigts; pour 35, un homme et 3 membres; pour 80, 4 hommes.
Les huttes ou iglous montrent de notables différences, et varient suivant les matériaux. Fréquemment, il y a maison d'été et maison d'hiver; celle-ci établie avec un soin particulier, car les froids de trente à cinquante degrés ne sont pas rares. Un type fort approuvé est celui de la maison-cave. Les parois s'enfoncent dans le sol jusqu'à la hauteur du toit ou à peu près; le toit lui-même est recouvert d'une couche de mottes gazonnées; on pénètre dans le terrier par le trou de fumée. Le bois, s'il y en a, est économisé le plus possible, et ne s'emploie qu'en châssis, montants et travées. Pour autres usages, on lui substitue divers matériaux, tels que plaques de schiste, côtes d'ours, vertèbres de baleines, dents de morse; on remplace briques ou planches par des peaux tendues le long des parois.
Voici la description que nous fait Hayes d'un palais du Nord, la plus somptueuse bâtisse de toute l'Esquimaudie:
«La maison du gouverneur danois d'Upernavik, construite dans le même style que celles du village et de toutes les habitations indigènes du Groenland, est relativement grande et commode. Le vestibule, moins long que dans les huttes ordinaires, ne sert pas de chenil aux chiens de tout âge, le propriétaire étant assez riche pour donner à ces membres de la famille esquimaude le luxe d'une demeure séparée. Ce corridor est haut de quatre pieds au lieu de trois, et l'on court moins de risques à se heurter le crâne en entrant. Le toit, le sol, les parois, tout est garni de planches apportées des entrepôts danois. Les huttes du commun ne mesurent que douze pieds de long sur dix de large. La maison du gouverneur a, comme celles-ci, une seule chambre, mais de vingt pieds sur seize. Les murs, hauts de six pieds et épais de quatre, sont, comme partout, construits en pierre et gazon. Le toit est formé de planches et de madriers à peine équarris. Le tout est recouvert de mottes. En été, à cinquante pas de distance, la cabane a l'air d'un monticule verdoyant, et se confondrait avec la pente herbeuse, n'était le tuyau de poêle qui fait saillie, et la fumée du charbon danois qui s'en échappe. Le pays ne produit d'autre combustible qu'une mousse sèche, les natifs l'imprègnent d'huile de phoque, la brûlent dans le plat de stéatite qui sert à la fois de lampe et de foyer. Au milieu de la chambre, le sol s'élève d'un pied; sur cette estrade nous prîmes place avec les différents membres de la famille. Au fond, des sacs d'édredon étaient empilés. Quand vient l'heure du sommeil, chacun étend sa couchette où il veut. Ni murs, ni paravent; les jeunes filles prennent un côté de la case et les garçons l'autre.»
Plus au nord, les huttes de mottes gazonnées deviennent plus rares, au moins pour les habitations d'hiver. La terre presque toujours gelée, étant trop difficile à travailler, on se construit des ruches ou fours, en cubes de neige, disposés en couches annulaires qui vont s'amincissant. Les Itayens disposent leurs blocs en spirales conduites avec une rigueur géométrique. Ce mode paraît unique, et l'on ne cite aucun autre exemple de ce système architectural. John Franklin s'écrie qu'une de ces huttes fraîchement terminées est une des plus belles choses qu'ait formée la main des hommes:
«La pureté des matériaux, l'élégance de la construction, la translucidité des parois à travers lesquelles filtre la plus douce des lumières, réalisent une beauté qu'aucun marbre blanc ne saurait égaler. La contemplation d'une de ces huttes et celle d'un temple grec orné par Phidias laissent la même impression: triomphes de l'art l'un et l'autre, ils sont inimitables chacun dans son genre.»