Quelques houillères donnent un combustible dont, jusqu'à présent, on n'a pas tiré grand parti. Les Aléouts de l'ancienne génération se chauffaient en s'accroupissant sur un feu d'herbes.


La ressemblance frappante des Aléouts avec les Yakouts et les Kamtschadales leur a fait attribuer une origine mogole. Dall, qui les a étudiés longuement et soigneusement, affirme sur l'autorité de traditions locales que des Inoïts, chassés d'Amérique par les incursions indiennes, il n'y a pas plus de trois siècles, émigrèrent à l'extrémité nord-est de l'Asie. Eux-mêmes se disent d'un grand pays, situé à l'ouest, qu'ils nomment Aliakhékhac, ou Tanduc Angouna, d'où ils se seraient avancés sur Ounimak et Ounalaska[65]. Il est certain qu'ils sont étroitement apparentés aux tribus bordières de la côte américaine, Ahts et autres, jusqu'à l'île Reine-Charlotte[66]. Il est vrai que, de proche en proche, tous ces non-civilisés tiennent étroitement les uns aux autres. Le type des Aléouts relève manifestement du type esquimau, bien que Rink les dise déjà mâtinés d'éléments étrangers. Cheveu droit et noir, plat et abondant, teint foncé. Courts et trapus, remarquablement robustes, ils portent, sans fatigue apparente, de lourds fardeaux pendant de longues journées; soixante livres sur le dos et cinquante kilomètres de marche ne les effraient point. Leur vue est extraordinairement perçante. Les traits, fort accusés, portent l'empreinte de l'intelligence et de la réflexion. Les femmes sont plus avenantes que les hommes; quelques-unes pourraient passer pour jolies, n'était la hideuse labrette. Dall déclare les Aléouts fort supérieurs aux Indiens du voisinage, physiquement et intellectuellement. La tête est cubique chez ceux-ci, pyramidale chez ceux-là. Mais sous l'influence des disettes prolongées et des mauvais traitements infligés par les Russes, la race a perdu son ancienne solidité; les organismes entamés résistent mal aux rhumatismes et maladies de poitrine. Les formes sont robustes, disions-nous, mais dépourvues d'élégance; à ramer quinze ou vingt heures d'affilée, les jambes se déforment; le corps se moule sur le sempiternel canot. De vrais ours marins: des mouvements lourds et lents, une attitude empruntée, une démarche des plus gauches, mais de l'adresse et de l'activité. Ils font preuve d'une étonnante habileté à conduire par la plus mauvaise mer leurs kayaks et oumiaks, dont on fait usage jusqu'en Californie, et leurs périlleuses baïdarkas[67] dont les Russes ont porté le modèle en Europe. Wiljaminof, les comparant à des cavaliers dont les jambes s'arquent aussi à chevaucher constamment, les appelait «Cosaques de la mer, monteurs de cavales marines». Pour que cet homme se montre à son avantage, il faut le voir manœuvrant le batelet de cuir qu'il a fabriqué lui-même[68], et brandissant le harpon dans les eaux agitées. Dès la plus tendre enfance il s'est familiarisé avec l'élément humide. Le Bédouin roule son nouveau-né dans le sable et l'expose au grand soleil, pour l'accoutumer à la chaleur[69]; l'Aléoutinet, s'il lui prend fantaisie de vagir ou criailler, est à l'instant plongé à l'eau, fût-ce entre des glaçons. A ce régime, on ne garde qu'enfants sages, tranquilles et robustes, les plus faibles ne tardent pas à disparaître.

[65] Venjaminof.

[66] Macdonald.

[67] Baydar, bidarra, bidarka.

[68] Kittlitz.

[69] Rampendahl, Deutsche Rundschau, VI.

Les Aléouts se partagent en deux groupes, identiques de port, de mœurs et de caractère, mais quelque peu différents par le dialecte: les tribus qui habitent Atcha, Ounalaska, les Terres des Rats, des Renards et autres au sud de la presqu'île, puis les Koniagas, les Kadiaks et gens d'alentour. Et, sur le continent, les Koloutches de Sitka, les Kénès, Tcherguetches, Médovtsènes et Malégnioutes, ressemblant fort aux uns et aux autres. A tous, la civilisation russe a infligé un coup terrible, la civilisation américaine les emportera tout à fait[70].

[70] Erman.