[78] Dall.

Quoique généralement malpropres, ces gens ont, comme les autres Inoïts et la plupart des Indiens, la passion des bains de vapeur, pour lesquels le kachim a son installation toujours prête. Avec l'urine qu'ils recueillent précieusement pour leurs opérations de tannage, ils se frottent le corps; l'alcali, se mélangeant avec les transpirations et les huiles dont le corps est imprégné, nettoie la peau comme le ferait du savon; l'odeur âcre de cette liqueur putréfiée paraît leur être agréable, mais elle saisit à la gorge les étrangers qui reculent suffoqués, et ont grand'peine à s'y faire[79].

[79] Zagoskine.

—Horreur!

—Horreur! oui, pour ceux qui ont un pain de savon sur leur table à toilette; mais pour ceux qui ne possèdent pas ce détersif?—Et ceux, celles qui le possèdent, ignorent peut-être que même les gants, articles de grand luxe et de haute élégance, faits pour recouvrir de blanches mains et des bras dodus, sont imbibés d'un jaune d'œuf largement additionné dudit liquide ambré; préparation indispensable, paraît-il, pour donner aux peaux la souplesse et l'élasticité requises. Longtemps cette même substance communiqua aux croûtes du hollande leurs belles couleurs orangées, et au tabac de Virginie quelque chose de son arome pénétrant[80]. Encore aujourd'hui, dans plusieurs pays civilisés,—à Paris même,—de nombreux individus, inhabitués à la glycérine mousseuse et au lait d'amandes amères, entretiennent un préjugé en faveur de la lotion aléoute, qui nettoierait mieux qu'aucune autre substance, et même entretiendrait la santé; assertion contestée par les médecins qui attribuent à cette eau de toilette certains cas d'empoisonnement et d'ophtalmie purulente. La coutume était universelle.—«Nettoyer ses dents avec de l'urine, mode espagnole», dit Érasme[81]. Les Espagnols la tenaient de leurs ancêtres préhistoriques:

[80] Malte-Brun, Annales, XIV. Description de la Guyane.

[81] De civilitate morum puerilium.

«Pour se laver et se nettoyer les dents, les Cantabres, hommes et femmes, emploient l'urine qu'ils ont laissée croupir dans des réservoirs[82].

[82] Strabon, III, IV, 16.

«Bien que soigneux de leurs personnes et propres dans leur manière de vivre, les Celtibères se lavent tout le corps d'urine, s'en frottent même les dents, estimant cela un bon moyen pour entretenir la santé du corps[83]