L'enfant était tout printemps, tout espérance. Mais l'homme fait tient-il les premières promesses? De tout ce qu'il eût pu devenir, qu'a-t-il réalisé?—La moindre partie... Cependant il n'y a pas mis de mauvaise volonté, et, le plus souvent, il n'y a pas de sa faute. Qui reprocherait à l'arbre de n'avoir pas mené à fruit chacune de ses fleurs? La pente même des facultés oblige à se spécialiser; les progrès incessants de la division du travail parquent le travailleur dans un coin toujours plus étroit; les exigences de la production, les cruelles nécessités de la vie encastrent le prolétaire au bout d'une manivelle, le réduisent à une seule fonction, hypertrophiant un membre pour atrophier les autres, aiguisant une faculté pour débiliter l'être entier. Aussi n'hésitons-nous pas à affirmer qu'en nombre de tribus, dites sauvages, l'individu moyen n'est inférieur, ni moralement, ni intellectuellement, à l'individu moyen dans nos États dits civilisés. Non pas que, reprenant la thèse de Jean-Jacques, nous exaltions «l'enfant de la Nature» pour rabaisser d'autant l'homme, produit cultivé. Nous aimons, nous admirons l'enfant, sans pour cela le déclarer supérieur à l'adulte. Jamais l'instinct, tout sagace et ingénieux, tout prime-sautier qu'il soit, n'atteindra la compréhension vaste et lumineuse des choses que la raison élabore silencieusement et sûrement. La poésie elle-même ne peut s'élever jusqu'à la sublimité de la science; fauvette ou rossignol, elle ne pourrait aborder les régions où plane l'aigle de haut vol, aux ailes de puissante envergure.


Ces études sont faites, pour la plupart, sur les renseignements que les voyageurs et missionnaires donnaient, dans la première moitié du siècle, sur des pays et tribus dont l'état social a été, depuis, profondément modifié. L'afflux des commerçants et des industriels déborde irrésistiblement, envahit des plages, qui, hier encore, étaient inconnues. Pourtant nous parlons au temps présent, soit pour suivre nos auteurs, soit pour éviter de fastidieuses réserves. Nous avions nos doutes sur l'existence actuelle d'un fait que les dernières relations montraient en vigueur. Fallait-il à des observations précises substituer nos probabilismes et possibilismes? Nous avons dû en prendre notre parti, et nous prions le lecteur d'en faire autant. En thèse générale, ces populations n'ont été décrites que par leurs envahisseurs, et ceux qui pouvaient le moins les comprendre. Tels, le royaume des Incas, et l'empire de Montézuma, entrevus au moment où ils allaient disparaître. Tel encore, au dégel, le flocon de neige, qui se désagrège et s'évanouit, avant que le regard en ait discerné la forme géométrique. Des primitifs, il n'y en a plus guère; bientôt, il n'y en aura plus.


Nous n'avons pas voulu portraiter en pied chacune de nos individualités ethniques: il eût fallu des volumes et d'innombrables répétitions. Nous avons préféré ne donner que des renseignements succincts, sauf à développer plus en détail, ici, une coutume, là, une institution. Chasseurs, pêcheurs, bergers, agriculteurs rudimentaires, mariages singuliers, obsèques extraordinaires, initiations, pratiques de magie... Si le public accueille favorablement cette première série d'études, nous ne tarderons pas à lui en offrir une seconde.


LES PRIMITIFS


LES HYPERBORÉENS

CHASSEURS ET PÊCHEURS