[162] 1872-1873.
[163] Ebers, l'Égypte.
[164] Petitot.
La mère, qui perd son nourrisson, dépose le pauvre «papouse» dans une boîte élégamment ornée qu'elle se met sur le dos, pour la porter un long temps. Souvent elle prend la triste larve dans ses bras, enlève les moisissures, la désinfecte, lui fait un brin de toilette. Les primitifs tiennent la vie pour indestructible, la mort pour un changement d'état. Les animaux vont habiter l'autre monde, en attendant qu'ils retournent dans le nôtre. Immortel le ciron, éternels les moustiques. Le mort se fait suivre de tout son attirail de pêche; il s'en servira. Les outils et vêtements qu'il n'emporte pas, les objets d'usage personnel restent en sympathie avec lui; aussi leur contact donne froid, leur vue inspire la tristesse.
Des Koloches, plus simplistes que leurs voisins, affirment la métempsycose pure et simple. La mort, disent-ils, n'est qu'une dissolution momentanée, elle dure le temps qu'il faut à l'âme chassée de son domicile pour en trouver un nouveau dans un corps d'homme, de loup ou de corbeau—il n'importe. Muer en cachalot... quelle félicité! Les malades et les infirmes demandent souvent qu'on les tue au plus tôt, pour renaître jeunes et vigoureux.
Suivant la croyance généralement adoptée, l'âme a le choix entre deux séjours outre-tombe: celui d'en haut, Coudli-Parmian; celui d'en bas, Adli-Parmian, au fond de la mer. Le dernier est le préférable de beaucoup, dans une zone de ciel inclément et de terre inhospitalière, où presque toute la nourriture vient de l'Océan. Les Guinéens, aussi, croient savoir que les âmes continuent leur existence dans les profondeurs marines. L'Esquimau se croit perdu s'il s'éloigne un peu des côtes, le cœur lui manque quand il ne se sent plus à proximité des morses et des poissons[165]. Des missionnaires vantaient les félicités du paradis chrétien. On les interrompit:
[165] Rink, Markham.
—«Et les phoques? Vous ne dites rien des phoques. Avez-vous des phoques dans votre ciel?
—Des phoques? Non certes. Que feraient les phoques là-haut? Mais nous avons les anges et les archanges, nous avons les chérubins et les séraphins, les Dominations et les Puissances, les Douze Apôtres, les vingt-quatre vieillards...
—C'est fort bien, mais quels animaux avez-vous?
—Des animaux, aucun... Si, cependant, nous avons l'Agneau, nous avons un lion, un aigle, un veau... mais qui n'est pas votre veau marin, nous avons...
—Il suffit. Votre ciel n'a pas de phoque, et un ciel qui manque de phoques ne peut pas nous convenir!»
Au fond de l'Océan résident les bienheureux, les arcissat, recrutés parmi les baleiniers héroïques, parmi les bons marins noyés dans la tempête, parmi les hommes de cœur qui se sont suicidés plutôt que de vivre à la charge de leur famille, parmi «les femmes bien tatouées» mortes en couches, alors qu'elles accomplissaient le grand devoir de la maternité. Devant ces vaillants et vaillantes, les portes du Paradis sous-marin s'ouvrent d'elles-mêmes. Mais le commun des martyrs n'y pénètre que par le «sentier du Chien», chemin obscur, passant par les fiords, par des fentes de rocher; il faut dévaler cinq jours durant; on n'arrive que les membres meurtris et ensanglantés, si l'on arrive. Un coup de vent prenant par le travers, une glissade malencontreuse, et l'on choit dans quelque précipice. A certain moment, il faut se tenir en équilibre sur une roue tournante, lisse et polie, puis franchir un pont, pas plus large qu'une lame de couteau. Que de dangers, que de fatigues avant d'arriver à la porte gardée par des chiens monstrueux! Les âmes se guident par les sons d'un tambour magique qui résonne dans le lointain; tant pis pour celles qui se dévoient, dévorées par des animaux fantastiques, plus elles ne reparaissent. Cependant la majeure partie touche au port et va se loger sous la croûte de terre qu'elle habitait quand elle avait un corps. Aléouts, Koloches, Taïtanes, tous ont leur canton souterrain.