Trois religions s'employèrent dans le Malabar contre la famille maternelle: celle de Brahma, celle de l'Évangile, celle de Mahomet.
Suivant une légende qu'il serait difficile de prouver ou de réfuter, l'apôtre saint Thomas aurait abordé ces parages, où sa prédication lui aurait valu les palmes du martyre. Ce qui est prouvé par le fait suivant: au lieu du supplice, la terre resta rouge. Les pèlerins qui s'administrent de cette argile sont aussitôt guéris de leurs fièvres et autres maladies[242]; prodige semblable à celui de Tantah, en Égypte, où tout un champ resta coloré du sang des martyrs, au nombre de quatre-vingt mille, tous décollés au même endroit[243]. La gloire de saint Thomas pénétra jusque dans la Gaule mérovingienne, et saint Grégoire, écrivant en la cité de Tours, rapporte que dans la chapelle mortuaire de l'apôtre
«... Une lampe, placée devant le tombeau, brûle jour et nuit, sans mèche et sans être alimentée par de l'huile. Le vent ne l'éteint pas, elle ne se renverse jamais, éclaire sans se consumer. Car elle est entretenue par une vertu de l'apôtre, inconnue à l'homme, mais où l'on sent la puissance divine[244].»
[242] Marco Polo.
[243] Paul Lucas.
[244] Gregorius Turonensis, de Gloria Martyrum, trad. Bordier.
Les voyageurs sont intéressants à entendre sur ces chrétiens, les Thomistes, appelés aussi Jacobites. Ils ont quantité de livres qui traitent de sortilèges, avec lesquels ils assurent que leurs prêtres font tout ce qu'ils veulent, et que les diables leur obéissent[245]... Ils invoquent les saints, prient pour les morts, mais ignorent le Purgatoire. Leur eau bénite jouit de propriétés miraculeuses,—sans doute, parce qu'elle a été mélangée de la susdite terre rouge,—ils rejettent la transsubstantiation, communient avec de l'arrak en guise de vin[246], avec du pain de froment levé, assaisonné d'huile et de sel, et pour le consacrer, font tomber le gâteau sur l'autel, par un trou ménagé dans le plafond.
[245] Tavernier, Voyages, 1.
[246] Paoli.