«Les Esquimaux occupent une position géographique qui leur vaut une importance exceptionnelle. De leur affinité plus ou moins marquée avec plusieurs autres familles humaines dépend la solution de quelques problèmes ethnologiques de premier ordre.»
Ni celle de Topinard[10]:
[10] Anthropologie.
«En Asie, les peuples ont été brassés de l'Orient à l'Occident, et de l'Occident à l'Orient, d'une façon si prodigieuse que la race la plus caractéristique doit être recherchée au delà du Pacifique, dans les mers polaires.»
Quoi que nous pensions des problèmes relatifs à l'origine et à la parenté des hommes, il est certain que les Esquimaux sont en majeure partie le produit de leur climat; le milieu impliquant une nourriture, une demeure et des coutumes appropriées.
Facilement on exagérerait la superficie de pays que détiennent ces Hyperboréens, comme ils sont souvent appelés, si on ne réfléchissait que sur le continent américain leur habitat n'est qu'en façade, occupant une lisière large de vingt à trente kilomètres, laquelle ne gagne 75 ou 80 kilomètres à l'intérieur que le long de certains fleuves, tels que le Youkon et le Mackenzie, dont il ne dépasse pas la partie maritime. Pour ce motif, M. Dall proposait de donner le nom d'Orariens[11], à l'ensemble des lignées inoïtes. En dehors de cette étroite lisière, dans la forêt commencent les Peaux-Rouges, leurs ennemis mortels, qui leur font une guerre d'extermination. Cette animosité, de savants anthropologistes ont voulu l'expliquer «par la différence des sangs[12]». S'il fallait en croire les Indiens, leur haine aurait un autre motif. Ils ne sauraient pardonner à l'Esquimau le crime de manger cru son poisson. D'où les noms abénaqui d'Eski mantik[13], et adjibeouai d'Ayeskiméou, qui, appliqués d'abord aux Labradoriens, ont été peu à peu étendus à l'ensemble des tribus hyperboréennes. Il nous paraît plus logique d'attribuer à cette inimitié, qui par moments prend des dehors religieux, à une cause toujours actuelle, toujours efficace; celle de la concurrence vitale: les uns et les autres se disputent la proie qu'ils mangent crue ou vivante. L'Indien n'est pas exclusivement chasseur, il ne se prive pas de harponner le saumon. De leur côté, les Inoïts savent courir l'ours, le cerf, le coq de bruyère. Dans l'Alaska, ils se distinguent en «gens de terre» et «en gens de bateaux», selon le genre de vie auquel ils s'adonnent de préférence.
[11] D'ora, rive.
[12] Von Klutschak.
[13] Charlevoix, le premier, indiqua cette dérivation dans son Histoire de la Nouvelle-France. Autres noms: Hoshys, Suskimos.