[277] Collecção de noticias.

La haute noblesse entend toujours être bien pourvue. Et la petite gentilhommerie réclame sa part. Les lévites se résignent... mais qu'il a d'exigences le culte de Brahma! Combien d'actes de sacrifice! Comptons un peu: les danseuses des temples, hiérodules et bayadères, devoir rigoureux, obligation sacrée;—les Tambourettes;—les princesses et les belles de la cour;—les gentes dames et cointes bachelettes de la province. Plus les familles sont de vieille date et de hautes prétentions, plus elles montrent d'attachement à la coutume. Les naturalistes s'étonnent de l'empressement dévoué que mettent les rouges-gorges, hoche-queues et autres volatiles, à élever l'oiselet qu'un coucou leur glisse subrepticement dans le nid. Ici, toute une population sollicite le coucou. Après la petite noblesse, les caciques de village font valoir leurs droits, les gros propriétaires ne veulent point être oubliés, encore moins les bourgeoises enrichies. Les hommes de Dieu font ce qu'ils peuvent, c'est assez. Au moindre fretin suffisent les prêtres de moindre note; aux classes moyennes, les ecclésiastiques d'âge moyen. Encore faut-il ajouter que les dévots personnages, après avoir fait aux bonnes femmes la charité,—là-bas, le don amoureux se demande et s'obtient pour l'amour du Seigneur céleste,—requièrent quelque aumône en argent. Et voyez comment la classe sacerdotale se montre de commerce plus facile que la gentilhommerie! Sous aucun prétexte, un Naïr «de la haute» ne nouerait de relations avec une fille ou une femme du commun; mais un prêtre se met au-dessus de cette faiblesse, moitié faisant la charité, moitié la recevant. Les vieux Nambouris fréquentent les paysannes et artisanes; sans grand zèle, il est vrai, puisque les rustres et prolétaires sont le plus souvent obligés de faire la besogne eux-mêmes. Cependant, à l'arrière de la cabane une petite porte s'entr'ouvre dès que le religieux vient y frapper. Même, on a l'attention de réserver pour son usage exclusif quelques menus ustensiles en métal, car ils ne pourraient manger, boire ni même se laver dans des vases contaminés par le contact des espèces. Permis de toucher à la femme soudra, mais non point à la cruche qu'elle rapporte de la fontaine. Un de ces Brahmanes se plaignait au missionnaire Weitbrecht[278] de n'avoir pas moins de dix épouses sur les bras.

[278] Journal des Missions évangéliques, 1852.

«Ces Brahmes Koulinnes[279] sont des étalons pur sang auxquels il incombe d'ennoblir la race, et de cohabiter avec les vierges de caste inférieure. Le personnage vénérable court villes et campagnes; on lui fait des cadeaux en argent et en étoffes; on lui lave les pieds, on boit de cette lavasse, et on conserve le reste. Après un repas servi de mets délicats, il est conduit à la couche nuptiale, où la vierge l'attend, couronnée de fleurs.»

[279] Dr Roberts, De Delhi à Bombay, Maulaïsseur.

Celles qui ne sont pas admises à tant d'honneur demandent, en toute humilité, la permission de baiser au moins l'organe de l'homme divin[280], la faveur d'avoir, par lui, le front marqué avec une goutte de vermillon[281].

[280] Picart, Cérémonies religieuses.

[281] Tavernier, Voyages, etc.

Toute l'Inde est imbue de la croyance que le sang sacerdotal est doué de vertus régénératrices. Les prêtres itinérants de Siva, connus sous le nom de djaugoumas, sont pour la plupart célibataires. Lorsque l'un d'eux fait à une adepte l'honneur d'entrer dans sa maison, tous les mâles qui l'habitent sont obligés de sortir et d'aller loger ailleurs; laissant leurs femmes et leurs filles avec le saint personnage, qui prolonge son séjour autant qu'il lui plaît[282]. Déjà l'Adi Parva du Maha Bharata abonde en historiettes de grands princes et puissants héros qui vont présenter leurs femmes et leurs filles, ornées et magnifiquement vêtues, à un hermite dévot, riche en pénitences, pour qu'il daigne leur accorder un fils de ses œuvres. C'est, pour commencer, l'auguste Pandou,—c'est le roi Bali,—c'est Vitchitravirya,—c'est Vipaçman,—c'est Djarâsandha,—c'est Bhima,—c'est Khounti bhodja—et il y en a d'autres.

[282] Dubois, Mœurs de l'Inde, Cf. Herbert, Voyage, II.