A l'instar des Couroumbas, ils se produisent comme bouffons, bateleurs et comédiens, et on les paye en jus de palmier qu'ils boivent avec excès. Dans leurs représentations, ils mettent en action certains épisodes obscènes, et particulièrement les aventures du Krichna Govinda séjournant parmi les bergères. Il n'en a pas fallu davantage pour qu'on les enrôlât parmi les Vichnouïtes, en opposition aux Badagas qui professent le sivaïsme.
Pour toute vêture, les Iroulas s'entortillent un chiffon autour des reins; à défaut d'étoffes, les femmes recourent ou recouraient à quelque feuillage, ce qui ne les empêche de tenir aux ornements. Avec de la paille, ils tressent leurs cheveux en coiffure fantastique; encore avec de la paille, ils adaptent aux oreilles, au cou, aux poignets et chevilles, des gourdes sèches, contenant des noisettes et petits cailloux qui tintinnent au rythme de leurs mouvements.
Nus comme la Vérité, ou à peu près, ils semblent incapables de mentir, incapables de déguiser leurs sentiments; et la déclaration de ces misérables est mieux crue que toutes les affirmations d'un Hindou, que tous les serments d'un Brahmane. Les théoriciens du Progrès expliquent-ils le pourquoi et le comment de cette anomalie?
Contrairement à ce qui se passe ailleurs, les veuves, fort recherchées par les jeunes gens, se remarient plus facilement que les veufs. Les parents se montrent affectionnés à leur progéniture, laquelle le leur rend bien. Les enfants prennent le nom d'un grand-parent; souvent ils attendent sa mort pour se faire appeler comme lui.
Très attachés à leur genre de vie, à leur race et au sol qui les a vus naître,—où le patriotisme va-t-il se nicher?—les Iroulas tiennent à dormir leur dernier sommeil en famille. Qui meurt à l'étranger demande à être déposé dans une fosse à part, espérant qu'un ami recueillera pieusement ses os, ira les réunir aux autres, dans l'ossuaire de la tribu, tout au milieu de la forêt native.
Ainsi s'étagent sur les flancs des Montagnes Bleues diverses populations caractérisées par leur habitat, leurs occupations et leur nourriture. En haut les Todas, exclusivement bergers et galactophages,—puis les Badagas, agriculteurs, qui ont aussi des troupeaux et ne dédaignent pas la chasse.—Viennent ensuite les Cotas, petits ouvriers et artisans, et enfin les sylvicoles, Couroumbas et Iroulas, essentiellement chasseurs, mais vagabonds aussi, voleurs et artistes, mendiants et sorciers.
Et leurs demeures?
Les Iroulas gîtent dans la jungle, en des bauges; s'abritent dans une caverne ou sous une saillie de rocher; se font des paillotes et gourbis.