Et le chœur:
«Que toutes nos iniquités tombent aux pieds du Buffle, et qu'il les foule sous son dur sabot! Sur Bassava tous les péchés de Mada! Qu'ils disparaissent, qu'ils disparaissent et qu'on ne les voie plus!»
Et tous de se jeter sur le veau qu'ils poussent, frappent et pourchassent: «Loin! loin d'ici! loin! bien loin!» et l'animal, étourdi par le bruit et les coups, détale affolé, court à la forêt. Maintenant que les péchés de Mada courent la brousse, emportés par le Bassava qu'on ne reverra plus, la morte a passé sainte, et l'assistance entonne la litanie de ses vertus:
«Mada baisait le pied de son père, le genou de sa mère.»
Le chœur avec conviction:
«Ce qui est un acte méritoire!
«Mada se prosternait devant la lune.
«Mada ouvrait ses mains devant le soleil.
«Mada a protégé le bœuf qu'on poursuivait.
«Mada a donné asile à la vache pourchassée.
«Mada donnait du riz à sac plein.
«Mada donnait du beurre, un beurre abondant comme la pluie.»
«Acte méritoire, acte méritoire!»
Puis une femme se lève, célèbre les hautes qualités de la morte. Elle parle d'abondance, les commères l'interrompent, complètent le panégyrique:—«Toujours bonne mère...—Oui, oui!—Que d'aumônes elle a distribuées!...—Oui, oui!» L'émotion gagne la foule assemblée, les voix s'entrecoupent de sanglots; les vieilles se désolent, les enfants hurlent. Tout ce monde évente et émouche le visage pâli, offre à la défunte les dernières douceurs: tabac, bétel, poivre, sucre d'orge.
Mais il se fait tard, il faut en finir. Les célébrants réclament le silence, et tendant les bras vers le septentrion: