[314] Nombres, XVI et XIX.
[315] Hellwald, Naturgeschichte des Menschen.
[316] Bachofen, Antiquarische Briefe.
Les officiants se postent devant le bûcher, et, tenant le veau par les cornes, récitent une liturgie[317] que nous abrégeons:
[317] Graul, die Westküste Ostindiens.
«Mada, notre sœur, quitte le monde où l'on meurt, entreprend le voyage, le grand voyage. Mada est morte. Mais voici Bassava. Sur le jeune taureau, issu de Barrigé, la vache bariolée, nous mettons les mille et huit péchés qu'a commis Mada, et tous les péchés de sa mère, et tous les péchés de son grand-père, et tous les péchés de sa grand'mère, de son arrière-grand-père et de toute sa famille.
«Qu'a fait Mada? Elle a péché, elle a lourdement péché. Et voici les péchés qu'elle a commis:
«Mada a fait des frères se quereller.
«Mada a empoisonné le manger d'autrui.
«Mada a égaré qui lui demandait la route.
«Mada a refusé du riz à l'affamé.
«Mada a chassé de son foyer le voyageur transi.
«Mada a jeté des épines sur le chemin.
«Mada a déchiré avec colère le vêtement pris aux ronces.
«Mada a déraciné l'arbre solitaire.
«Mada a troué la muraille du réservoir pour faire échapper l'eau.
«Mada a bu au ruisseau sans saluer ni remercier.
«Mada a craché dans les fontaines.
«Mada a uriné dans le feu.
«Mada a fienté à la face du soleil[318].
«Mada s'est faite accusatrice de ses frères.
«A sa sœur, Mada a montré les dents.
«Mada a levé le pied contre sa mère.
«Mada se couchait sur un tapis, quand le beau-père n'avait pas de quoi s'asseoir.
«Mada, pour fêter des étrangers, mettait ses parents à la porte.
«Mada forniquait avec son gendre.
«Mada regardait la moisson du prochain avec un œil envieux.
«Mada convoitait la vache du voisin.
«Mada a déplacé une borne.
«Mada a labouré avec un taureau trop jeune.
«Mada a tué un serpent, a tué un lézard.
«Mada a tué une vache.»
A chaque énonciation, l'assistance répète d'une voix sourde et gutturale: Ce qui est un péché... ce qui est un péché...
[318] Ces derniers passages pourraient figurer dans la liturgie des anciens Perses ou dans celle des Esséniens.
Certes, la pauvre défunte n'avait point commis les innombrables délits qu'on lui impute, mais on les énonce en bloc pour n'en omettre aucun. D'ailleurs, tel crime non perpétré peut avoir existé en intention. Cette litanie rappelle la «confession des Quarante-deux Coulpes», mise par le Rituel funéraire dans la bouche du défunt, qui se présentait devant les quarante-deux juges de l'Amenti égyptien. L'âme s'y défendait aussi d'avoir commis vol, adultère ou meurtre, d'avoir profané les choses saintes, d'avoir fait pleurer le prochain...
«Que les mille et huit péchés de Mada retombent sur Bassava! Sur Bassava tous les péchés de ses parents! Sur Bassava tous les péchés de ses ancêtres!»