Puis les douze clefs de Basile (Valentin) exprimées par Lamed ל.
Enfin l'oeuvre accomplie conformément à son principe et reproduisant le principe même.
Telle est l'origine de cette tradition kabbalistique qui met toute la magie dans un mot. Savoir lire ce mot et le prononcer, c'est-à-dire en comprendre les mystères et traduire en actions ces connaissance absolues, c'est avoir la clef des merveilles. Pour prononcer le nom d'AGLA, il faut se tourner du côté de l'orient, c'est-à-dire s'unir d'intention et de science à la tradition orientale. N'oublions pas que suivant la kabbale, le Verbe parfait est la parole réalisée par des actes. De là vient cette expression qui se retrouve plusieurs fois dans la Bible: «Faire une parole» (facere verbum), dans le sens d'accomplir une action.
Prononcer kabbalistiquement le nom d'AGLA, c'est donc subir toutes les épreuves de l'initiation et en achever toutes les oeuvres.
Nous avons dit dans notre dogme de la haute magie comment le nom de Jéhovah se décompose en soixante et douze noms explicatifs, qu'on appelle Schemhamphoras. L'art d'employer ces soixante et douze noms et d'y trouver les clefs de la science universelle, est ce que les kabbalistes ont nommé les clavicules de Salomon. En effet, à la suite des recueils d'évocations et de prières qui portent ce titre, on trouve ordinairement soixante et douze cercles magiques formant trente-six talismans. C'est quatre fois neuf, c'est-à-dire le nombre absolu multiplié par le quaternaire. Ces talismans portent chacun deux des soixante et douze noms avec le signe emblématique de leur nombre et de celle des quatre lettres du nom de Jéhovah à laquelle ils correspondent. C'est ce qui a donné lieu aux quatre décades emblématiques du tarot: le bâton figurant le Jod; la coupe, le hé; l'épée, le vaf; et le denier, le hé final. Dans le tarot on a ajouté le complément de la dizaine, qui répète synthétiquement le caractère de l'unité.
Les traditions populaires de la magie disaient que le possesseur des clavicules de Salomon peut converser avec les esprits de tous les ordres et se faire obéir par toutes les puissances naturelles. Or, ces clavicules plusieurs fois perdues, puis retrouvées, ne sont autre chose que les talismans des soixante et douze noms et les mystères des trente-deux voies hiéroglyphiquement reproduits par le tarot. A l'aide de ces signes et au moyen de leurs combinaisons infinies, comme celles des nombres et des lettres, on peut, en effet, arriver à la révélation naturelle et mathématique de tous les secrets de la nature, et entrer, par conséquent, en communication avec la hiérarchie entière des intelligences et des génies.
Les sages kabbalistes se tiennent en garde contre les rêves de l'imagination et les hallucinations de la veille. Aussi évitent-ils toutes ces évocations malsaines qui ébranlent le système nerveux et enivrent la raison. Les expérimentateurs curieux des phénomènes de vision extranaturelle ne sont guère plus sensés que les mangeurs d'opium et de haschish. Ce sont des enfants qui se font du mal à plaisir. On peut se laisser surprendre par l'ivresse; on peut même s'oublier volontairement au point de vouloir en éprouver les vertiges; mais à l'homme qui se respecte une seule expérience suffit; et les honnêtes gens ne s'enivrent pas deux fois.
Le comte Joseph de Maistre dit qu'on se moquera un jour de notre stupidité actuelle comme nous nous moquons de la barbarie du moyen âge. Qu'eût-il pensé, s'il eût vu nos tourneurs de tables? et s'il eût entendu nos faiseurs de théories sur le monde occulte des esprits? Pauvres gens que nous sommes! Nous n'échappons à l'absurde que par l'absurde contraire. Le XVIIIe siècle croyait protester contre la superstition en niant la religion, et nous protestons contre l'impiété du XVIIIe siècle en revenant aux vieux contes de grand'mères; ne pourrait-on être plus chrétien que Voltaire et se dispenser de croire encore aux revenants?
Les morts ne peuvent pas plus revenir sur la terre qu'ils ont quittée, qu'un enfant ne pourrait rentrer dans le sein de sa mère.
Ce que nous appelons la mort, est une naissance dans une vie nouvelle. La nature ne défait pas ce qu'elle a fait dans l'ordre des progressions nécessaires de l'existence, et elle ne saurait donner le démenti à ses lois fondamentales.