L'âme humaine, servie et limitée par des organes, ne peut qu'au moyen de ces organes mêmes se mettre en rapport avec les choses du monde visible. Le corps est une enveloppe proportionnelle au milieu matériel dans lequel l'âme ici-bas doit vivre. En limitant l'action de l'âme il la concentre et la rend possible. En effet, l'âme sans corps serait partout, mais partout si peu, qu'elle ne pourrait agir nulle part; elle serait perdue dans l'infini, elle serait absorbée et comme anéantie en Dieu.
Supposez une goutte d'eau douce enfermée dans un globule et jetée dans la mer: tant que le globule ne sera pas brisé, la goutte d'eau subsistera dans sa nature propre, mais si le globule se brise, cherchez la goutte d'eau dans la mer.
Dieu en créant les esprits n'a pu leur donner une personnalité consciencieuse d'elle-même qu'en leur donnant une enveloppe qui centralise leur action et l'empêche de se perdre en la limitant.
Quand l'âme se sépare du corps, elle change donc nécessairement de milieu puisqu'elle change d'enveloppe. Elle part revêtue seulement de sa forme astrale, de son enveloppe de lumière et elle monte d'elle-même au-dessus de l'atmosphère comme l'air remonte au-dessus de l'eau en s'échappant d'un vase brisé.
Nous disons que l'âme monte parce que son enveloppe monte, et que son action et sa conscience sont comme nous l'avons dit attachées à son enveloppe.
L'air atmosphérique devient solide pour ces corps de lumière infiniment plus légers que lui et qui ne pourraient redescendre qu'en se chargeant d'un vêtement plus lourd, mais où prendraient-ils ce vêtement au-dessus de notre atmosphère? Ils ne pourraient donc revenir sur la terre qu'en s'y incarnant de nouveau, leur retour serait une chute, ils se noieraient comme esprits libres et recommenceraient leur noviciat. Mais la religion catholique n'admet pas qu'un pareil retour soit possible.
Les kabbalistes formulent par un seul axiome toute la doctrine que nous exposons ici:
«L'esprit, disent-ils, se revêt pour descendre et se dépouille pour monter.»
La vie des intelligences est toute ascensionnelle; l'enfant dans le sein de sa mère vit d'une vie végétative et reçoit la nourriture par un lien qui s'attache comme l'arbre est attaché à la terre et nourri en même temps par sa racine.
Lorsque l'enfant passe de la vie végétative à la vie instinctive et animale, son cordon se brise, il peut marcher.