La science tout entière est figurée dans cet admirable tableau. L'homme abdique le domaine de l'intelligence en cédant aux sollicitations de la partie sensitive; il profane le fruit de la science qui doit nourrir l'âme en le faisant servir à des usages de satisfaction injuste et matérielle, il perd alors le sentiment de l'harmonie et de la vérité. Il est revêtu d'une peau de bête, parce que la forme physique se conforme toujours tôt ou tard aux dispositions morales; il est chassé du cercle arrosé par les quatre fleuves de vie, et un chérub, armé d'une épée flamboyante toujours agitée, l'empêche de rentrer dans le domaine de l'unité.

Comme nous l'avons fait remarquer dans notre dogme, Voltaire, ayant découvert qu'en hébreu un chérub signifie un boeuf, s'est fort amusé de cette histoire. Il aurait moins ri s'il avait vu dans l'ange à tête de taureau l'image du symbolisme obscur, et dans le glaive flamboyant et mobile ces éclairs de vérité mal conçue et trompeuse, qui donnèrent tant de crédit après la chute originelle à l'idolâtrie des nations.

Le glaive flamboyant représentait aussi cette lumière que l'homme ne savait plus diriger et dont il subissait les atteintes fatales au lieu d'en gouverner la puissance.

Le grand oeuvre magique considéré d'une manière absolue, c'est la conquête et la direction de l'épée flamboyante du chérub.

Le chérub c'est l'ange ou l'âme de la terre représentée toujours dans les anciens mystères sous la figure d'un taureau.

C'est pour cela que dans les symboles mitthriaques, on voit le maître de la lumière domptant le taureau terrestre et lui plongeant dans le flanc le glaive qui en fait sortir la vie figurée par des gouttes de sang.

La première conséquence du péché d'Ève, c'est la mort d'Abel. En séparant l'amour de l'intelligence, Ève l'a séparé de la force; la force, devenue aveugle et asservie aux convoitises terrestres, devient jalouse de l'amour et le tue. Puis les enfants de Caïn perpétuent le crime de leur père. Ils mettent au monde des filles fatalement belles, des filles sans amour, nées pour la damnation des anges et pour le scandale des descendants de Seth.

Après le déluge et à la suite de cette prévarication de Cham, dont nous avons déjà indiqué le mystère, les enfants des hommes veulent réaliser un projet insensé: ils veulent construire un pantacle et un palais universel. C'est un gigantesque essai de socialisme égalitaire, et le phalanstère de Fourier est une conception bien chétive auprès de la tour de Babel. C'était un essai de protestation contre la hiérarchie de la science, une citadelle élevée contre les inondations et la foudre, un promontoire du haut duquel la tête du peuple divinisé planerait sur l'atmosphère et sur les tempêtes. Mais on ne monte pas à la science sur des escaliers de pierre; les degrés hiérarchiques de l'esprit ne se bâtissent pas avec du mortier comme les étages d'une tour. L'anarchie protesta contre cette hiérarchie matérialisée. Les hommes ne s'entendirent plus, leçon fatale, si mal comprise par ceux qui de nos jours ont rêvé une autre Babel. Aux doctrines brutalement et matériellement hiérarchiques, répondent les négations égalitaires: toutes les fois que le genre humain, se bâtira une tour, on s'en disputera le sommet, et la tendance des multitudes sera d'en déserter la base. Pour satisfaire toutes les ambitions, en rendant le sommet plus large que la base, il faudrait faire une tour branlante au vent qui tomberait au moindre choc.

La dispersion des hommes fut le premier effet de la malédiction portée contre les profanateurs enfants de Cham. Mais la race de Chanaan porta d'une manière toute particulière le poids de cette malédiction qui devait vouer plus tard leur postérité à l'anathème.

La chasteté conservatrice de la famille est le caractère distinctif des initiations hiérarchiques; la profanation et la révolte sont toujours obscènes et tendent à la promiscuité infanticide. La souillure des mystères de la naissance, l'attentat contre les enfants, étaient le fond des cultes de l'ancienne Palestine abandonnée aux rites horribles de la magie noire. Le dieu noir de l'Inde, le monstrueux Rutrem aux formes priapesques, y régnait sous le nom de Belphégor.