Suivant les légendaires, ce fut pour préserver les Juifs de Rome de la doctrine de Simon, que saint Pierre se rendit dans cette capitale du monde. Néron apprit bientôt par ses espions de bas étage qu'un nouveau thaumaturge israélite était arrivé pour faire la guerre à son enchanteur. Il résolut de les mettre en présence et de s'amuser du conflit. Pétrone et Tigellin étaient peut-être de la fête.
«Que la paix soit avec vous! dit en entrant le prince des apôtres.
--Nous n'avons que faire de ta paix, répondit Simon, c'est par la guerre que la vérité se découvre. La paix entre adversaires, c'est le triomphe de l'un et la défaite de l'autre.»
«Pourquoi refuses-tu la paix? Ce sont les vices des hommes qui ont créé la guerre; la paix accompagne toujours la vertu.
--La vertu, c'est la force et le savoir-faire, dit Simon. Moi, j'affronte le feu, je m'élève dans les airs, je ressuscite les plantes, je change la pierre en pain; et toi, que fais-tu?
--Je prie pour toi, dit saint Pierre, afin que tu ne périsses pas victime de tes prestiges.
--Garde tes prières: elles ne monteront pas aussitôt que moi vers le ciel.
Et voilà le magicien qui s'élance par une fenêtre, et qui s'élève dans les airs. Avait-il quelque appareil aérostatique sous ses longs vêtements ou s'élevait-il, comme les convulsionnaires du diacre Paris, par une exaltation de lumière astrale, c'est ce que nous ne saurions dire. Pendant ce temps saint Pierre était à genoux et priait; tout à coup Simon pousse un grand cri et tombe: on le releva avec les cuisses brisées. Et Néron fit emprisonner saint Pierre, qui lui semblait être un magicien moins divertissant que Simon; celui-ci mourut de sa chute. Toute cette histoire, qui remonte aux rumeurs populaires de ce temps-là, est maintenant reléguée peut-être à tort parmi les légendes apocryphes. Elle n'en est pas moins remarquable et digne d'être conservée.