La secte de Simon ne s'éteignit pas avec lui, il eut pour successeur un de ses disciples, nommé Ménandre. Celui-ci ne se disait pas dieu, il se contentait du rôle de prophète; lorsqu'il baptisait ses prosélytes, un feu visible descendait sur l'eau; il leur promettait l'immortalité de l'âme et du corps au moyen de ce bain magique, et il y avait encore, du temps de saint Justin, des ménandriens qui se croyaient fermement immortels. La mort des uns ne désabusait pas les autres, car le défunt était immédiatement excommunié et considéré comme un faux frère. Les ménandriens regardaient la mort comme une véritable apostasie et complétaient leur phalange immortelle en enrôlant de nouveaux prosélytes. Ceux qui savent jusqu'où peut aller la folie humaine, ne s'étonneront pas si nous leur apprenons qu'en cette année même 1858, il existe encore en Amérique et en France des continuateurs fanatiques de la secte des ménandriens.

La qualification de magicien ajoutée au nom de Simon fit prendre en horreur la magie par les chrétiens; mais on n'en continua pas moins à honorer le souvenir des rois mages qui avaient adoré le Sauveur dans son berceau.

CHAPITRE III.

DU DIABLE.

SOMMAIRE.--Son origine; ce qu'il est suivant la foi et suivant la science.--Satan, ses pompes et ses oeuvres.--Les possédés de l'Évangile.--Le vrai nom du diable, suivant la kabbale et d'après les confessions des énergumènes.--Généalogie infernale.--Le bouc du sabbat.--L'ancien serpent et le faux Lucifer.

Le christianisme, en formulant nettement la conception divine, nous fait comprendre Dieu comme l'amour le plus pur et le plus absolu, et définit nettement l'esprit opposé à Dieu. C'est l'esprit d'opposition et de haine, c'est Satan. Mais cet esprit n'est pas un personnage, et il ne faut pas le comprendre comme une espèce de dieu noir; c'est une perversité commune à toutes les intelligences dévoyées. «Je me nomme Légion, dit-il dans l'Évangile, parce que nous sommes une multitude.»

L'intelligence naissante peut être comparée à l'étoile du matin, et si elle tombe volontairement dans les ténèbres après avoir brillé un instant, on peut lui appliquer cette apostrophe d'Isaïe au roi de Babylone: «Comment es-tu tombé du ciel, beau Lucifer, brillante étoile du matin!» Mais est-ce à dire pour cela que le Lucifer céleste, que l'étoile matinale de l'intelligence divine soit devenue un flambeau de l'enfer? Le nom de porte-lumière est-il justement donné à l'ange des égarements et des ténèbres? Nous ne le pensons pas, à moins qu'on n'entende comme nous, et suivant les traditions magiques, par l'enfer personnifié en Satan et figuré par l'ancien serpent, ce feu central qui s'enroule autour de la terre, dévorant tout ce qu'il produit et se mordant la queue comme le serpent de Chronos, cette lumière astrale dont le Seigneur parlait lorsqu'il disait à Caïn: «Si tu fais le mal, le péché sera aussitôt à tes portes, c'est-à-dire le désordre s'emparera de tous tes sens; mais je t'ai soumis la convoitise de la mort, et c'est à toi de lui commander.»

La personnification royale et presque divine de Satan est une erreur qui remonte au faux Zoroastre, c'est-à-dire au dogme altéré des seconds mages, les mages matérialistes de la Perse; ils avaient changé en dieux les deux pôles du monde intellectuel, et de la force passive ils avaient fait une divinité opposée à la force active. Nous avons signalé dans la mythologie de l'Inde la même monstrueuse erreur.

Arimanes ou Schiva, tel est le père du démon, comme le comprennent les légendaires superstitieux, et c'est pour cela que le Sauveur disait: «Le diable est menteur comme son père.»

L'Église, sur cette question, s'en rapporte aux textes de l'Évangile, et n'a jamais donné de décisions dogmatiques dont la définition du diable fût l'objet. Les bons chrétiens évitent même de le nommer, et les moralistes religieux recommandent à leurs fidèles de ne pas s'occuper de lui, mais de lui résister en ne pensant qu'à Dieu.