Rabbi Jéchiel obtint avec peine le silence, on l'écouta enfin, mais avec une défaveur marquée, et comme en condamnant d'avance tout ce qu'il allait dire.

«La peine de mort chez nous, dit alors Jéchiel, n'est pas une vengeance; c'est une expiation et par conséquent une réconciliation.

»Tous ceux qui meurent par la loi d'Israël, meurent dans la paix d'Israël; ils reçoivent la réconciliation avec la mort et dorment avec nos pères. Nulle malédiction ne descend avec eux dans la tombe, ils vivent dans l'immortalité de la maison de Jacob.

»La mort est donc une grâce suprême, c'est une guérison par le fer d'une plaie envenimée; mais nous n'appliquons pas le fer aux incurables; nous n'avons plus de droit sur ceux que la grandeur de leur forfait retranche à jamais d'Israël.

»Ceux-là sont morts, et il ne nous appartient plus d'abréger le supplice de leur réprobation sur la terre, ils appartiennent à la colère de Dieu.

»L'homme n'a le droit de frapper que pour guérir, c'est pour cela que nous ne frappons pas les incurables.

»Le père de famille ne châtie que ses enfants et il se contente de fermer sa porte aux étrangers.

»Les grands coupables contre lesquels notre loi ne prononce aucune peine, sont par ce fait même excommuniés à jamais, et cette réprobation est une peine plus grande que la mort.»

Cette réponse de Jéchiel est admirable, et l'on y sent respirer tout le génie patriarchal de l'antique Israël. Les juifs sont véritablement nos pères dans la science, et si au lieu de les persécuter nous avions cherché à les comprendre, ils seraient maintenant sans doute moins éloignés de notre foi.

Cette tradition talmudique prouve combien est ancienne chez les juifs la croyance à l'immortalité de l'âme. Qu'est-ce, en effet, que cette réintégration du coupable dans la famille d'Israël par une mort expiatoire, si ce n'est une protestation contre la mort même et un sublime acte de foi en la perpétuité de la vie? Le comte Joseph de Maistre comprenait bien cette doctrine lorsqu'il élevait jusqu'à une espèce de sacerdoce exceptionnel la mission sanglante du bourreau. Le supplice supplie, dit ce grand écrivain, et l'effusion du sang n'a pas cessé d'être un sacrifice. Si la peine capitale n'était pas une suprême absolution, elle ne serait qu'une représaille de meurtre: l'homme qui subit sa peine accomplit toute sa pénitence et rentre par la mort dans la société immortelle des enfants de Dieu.