Tels sont les aperçus les plus abrégés et les plus rapides de cette science, vaste et profonde comme la kabbale, mystérieuse comme la magie, réelle comme les sciences exactes, mais décriée par la cupidité souvent déçue des faux adeptes, et les obscurités dont les vrais sages ont enveloppé en effet leurs théories et leurs travaux.
CHAPITRE VI.
PROCÈS CÉLÈBRES.
SOMMAIRE.--Trois procès célèbres.--Les templiers, Jeanne d'Arc et Gilles de Laval--Seigneurs de Raitz.
Les sociétés de l'ancien monde avaient péri par l'égoïsme matérialiste des castes qui, en s'immobilisant et en parquant les multitudes dans une réprobation sans espérance, avaient privé le pouvoir captif entre les mains d'un petit nombre d'élus de ce mouvement circulatoire qui est le principe du progrès, du mouvement et de la vie. Un pouvoir sans antagonisme, sans concurrence, et par conséquent sans contrôle, avait été funeste aux royautés sacerdotales; les républiques, d'une autre part, avaient péri par le conflit des libertés qui, en l'absence de tout devoir hiérarchiquement et fortement sanctionné, ne sont plus bientôt qu'autant de tyrannies rivales les unes des autres. Pour trouver un milieu stable entre ces deux abîmes, l'idée des hiérophantes chrétiens avait été de créer une société vouée à l'abnégation par des voeux solennels, protégée par des règlements sévères, qui se recruterait par l'initiation, et qui, seule dépositaire des grands secrets religieux et sociaux, ferait des rois et des pontifes sans s'exposer elle-même aux corruptions de la puissance. C'était là le secret de ce royaume de Jésus-Christ qui sans être de ce monde en gouvernerait toutes les grandeurs.
LA CROIX PHILOSOPHIQUE
Cette idée présida à la fondation des grands ordres religieux, si souvent en guerre avec les autorités séculières, soit ecclésiastiques, soit civiles; sa réalisation fut aussi le rêve des sectes dissidentes de gnostiques ou d'illuminés qui prétendaient rattacher leur foi à la tradition primitive du christianisme de saint Jean. Elle devint enfin une menace pour l'Église et pour la société quand un ordre riche et dissolu, initié aux mystérieuses doctrines de la kabbale, parut disposé à tourner contre l'autorité légitime les principes conservateurs de la hiérarchie, et menaça le monde entier d'une immense révolution.
Les templiers, dont l'histoire est si mal connue, furent ces conspirateurs terribles, et il est temps de révéler enfin le secret de leur chute, pour absoudre la mémoire de Clément V et de Philippe le Bel.
En 1118, neuf chevaliers croisés en Orient, du nombre desquels étaient Geoffroi de Saint-Omer et Hugues de Payens, se consacrèrent à la religion et prêtèrent serment entre les mains du patriarche de Constantinople, siège toujours secrètement ou publiquement hostile à celui de Rome depuis Photius. Le but avoué des templiers était de protéger les chrétiens qui venaient visiter les saints lieux; leur but secret était la reconstruction du temple de Salomon sur le modèle prophétisé par Ézéchiel.