Laissons-les maintenant disparaître dans les ténèbres ou ils se cachent en y tramant leur vengeance. Quand viendra la grande révolution, nous les verrons reparaître et nous les reconnaîtrons à leurs signes et à leurs oeuvres.

Le plus grand procès de magie que nous trouvions dans l'histoire, après celui des templiers, est celui d'une vierge et presque d'une sainte. On a accusé l'Église d'avoir en cette circonstance servi les lâches ressentiments d'un parti vaincu, et l'on se demande avec anxiété à quels anathèmes ont été voués par le saint-siége les assassins de Jeanne d'Arc. Disons donc tout d'abord à ceux qui ne le savent pas, que Pierre Cauchon, l'indigne évêque de Beauvais, frappé de mort subite par la main de Dieu, fut excommunié après sa mort par le pape Calixte IV, et que ses ossements arrachés à la terre sainte furent jetés à la voirie. Ce n'est donc pas l'Église qui a jugé et condamné la pucelle d'Orléans, c'est un mauvais prêtre et un apostat.

Charles VII qui abandonna cette noble fille à ses bourreaux fut depuis sous la main d'une providence vengeresse; il se laissa mourir de faim dans la crainte d'être empoisonné par son propre fils. La peur est le supplice des lâches.

Ce roi avait vécu pour une courtisane et avait obéré pour elle ce royaume qui lui fut conservé par une vierge. La courtisane et la vierge ont été chantées par nos poètes nationaux. Jeanne d'Arc par Voltaire, et Agnès Sorel par Béranger.

Jeanne était morte innocente, mais les lois contre la magie atteignirent bientôt après et châtièrent un grand coupable. C'était un des plus vaillants capitaines de Charles VII, et les services qu'il avait rendus à l'État ne purent balancer le nombre et l'énormité de ses crimes.

Les contes de l'ogre et de Croquemitaine furent réalisés et surpassés par les actions de ce fantastique scélérat, et son histoire est restée dans la mémoire des enfants sous le nom de la Barbe Bleue.

Gilles de Laval, seigneur de Raiz, avait en effet la barbe si noire, qu'elle semblait être bleue comme on peut le voir par son portrait qui est au musée de Versailles, dans la salle des Maréchaux; c'était un maréchal de Bretagne, brave parce qu'il était Français, fastueux, parce qu'il était riche, et sorcier parce qu'il était fou.

Le dérangement des facultés du seigneur de Raiz se manifesta d'abord par une dévotion luxueuse et d'une magnificence outrée. Il ne marchait jamais que précédé de la croix et de la bannière; ses chapelains étaient couverts d'or et parés comme des prélats; il avait chez lui tout un collège de petits pages ou d'enfants de choeur toujours richement habillés. Tous les jours un de ces enfants était mandé chez le maréchal, et ses camarades ne le voyaient pas revenir: un nouveau venu remplaçait celui qui était parti et il était sévèrement défendu aux enfants de s'informer du sort de tous ceux qui disparaissaient ainsi et même d'en parler entre eux.

Le maréchal faisait prendre ces enfants à des parents pauvres, qu'on éblouissait par des promesses, et qui s'engageaient à ne jamais plus s'occuper de leurs enfants, auxquels le seigneur de Raiz assurait, disait-il, un brillant avenir.

Or, voici ce qui se passait: