La dévotion n'était qu'un masque et servait de passeport à des pratiques infâmes.
Le maréchal, ruiné par ses folles dépenses, voulait à tout prix se créer des richesses; l'alchimie avait épuisé ses dernières ressources, les emprunts usuraires allaient bientôt lui manquer; il résolut alors de tenter les dernières expériences de la magie noire, et d'obtenir de l'or par le moyen de l'enfer.
Un prêtre apostat, du diocèse de Saint-Malo, un Florentin, nommé Prélati, et l'intendant du maréchal, nommé Sillé, étaient ses confidents et ses complices. Il avait épousé une jeune fille de grande naissance et la tenait pour ainsi dire renfermée dans son château de Machecoul: il y avait dans ce château une tourelle dont la porte était murée. Elle menaçait ruine disait le maréchal et personne n'essayait jamais d'y pénétrer.
Cependant madame de Raiz, que son mari laissait souvent seule pendant la nuit, avait aperçu des lumières rougeâtres aller et venir dans cette tour.
Elle n'osait pas interroger son mari, dont le caractère bizarre et sombre lui inspirait la plus grande terreur.
Le jour de Pâques de l'année 1440, le maréchal, après avoir solennellement communié dans sa chapelle, prit congé de la châtelaine de Machecoul, en lui annonçant qu'il partait pour la terre sainte; la pauvre femme ne l'interrogea pas davantage, tant elle tremblait devant lui; elle était enceinte de plusieurs mois. Le maréchal lui permit de faire venir sa soeur près d'elle, afin de s'en faire une compagnie pendant son absence. Madame de Raiz usa de cette permission, et envoya quérir sa soeur; Gilles de Laval monta ensuite à cheval et partit.
Madame de Raiz confia alors à sa soeur ses inquiétudes et ses craintes. Que se passait-il au château? Pourquoi le seigneur de Raiz était-il si sombre? Pourquoi ces absences multipliées? Que devenaient ces enfants qui disparaissaient tous les jours? Pourquoi ces lumières nocturnes dans la tour murée? Ces questions surexcitèrent au plus haut degré la curiosité des deux femmes.
Comment faire, pourtant. Le maréchal avait expressément défendu qu'on s'approchât de la tour dangereuse, et, avant de partir, il avait formellement réitéré cette défense.
Il devait exister une entrée secrète: madame de Raiz et sa soeur Anne la cherchèrent; toutes les salles basses du château furent explorées, coin par coin et pierre par pierre; enfin dans la chapelle, et derrière l'autel, un bouton de cuivre, caché dans un fouillis de sculpture, céda sous la pression de la main, une pierre se renversa, et les deux curieuses, palpitantes purent apercevoir les premières marches d'un escalier.
Cet escalier conduisit les deux femmes dans la tour condamnée.