Ce livre extraordinaire contient tous les mystères de la plus haute initiation; il est, comme l'auteur l'annonce dans son titre même: Christiano-kabbalistique, divino-magique, physico-chimique, triple unique et universel.
C'est un véritable manuel de haute magie et de philosophie hermétique, et l'on ne saurait trouver ailleurs, si ce n'est dans le Sepher Jésirah et le Sohar, une plus complète et plus parfaite initiation.
Dans les quatre importants corollaires qui suivent l'explication de la troisième figure, Khunrath établit: 1. Que la dépense à faire pour le grand oeuvre (à part l'entretien et les dépenses personnelles de l'opérateur) ne doit pas excéder la somme de trente thalers; j'en parle sciemment, ajoute l'auteur, l'ayant appris de quelqu'un qui le savait. Ceux qui dépensent davantage se trompent et perdent leur argent. Ces mots: l'ayant appris de quelqu'un qui le savait, prouvent que Khunrath ou n'a pas fait lui-même la pierre philosophale, ou ne veut pas dire qu'il l'a faite, et cela par crainte des persécutions.
Khunrath établit ensuite l'obligation pour l'adepte, de ne consacrer à ses usages personnels que la dixième partie de sa richesse et consacrer tout le reste à la gloire de Dieu et aux oeuvres de charité.
Troisièmement, il affirme que les mystères du christianisme et ceux de la nature s'expliquant et s'illustrant réciproquement, le règne futur du Messie (le messianisme) s'établit sur la double base de la science et de la foi, en sorte que le livre de la nature confirmant les oracles de l'Évangile, on pourra convaincre par la science et par la raison les juifs et les mahométans de la vérité du christianisme, si bien qu'avec le concours de la grâce divine, ils seront infailliblement convertis à la religion de l'unité; il termine enfin par cette sentence:
SIGILLUM NATURAE ET ARTIS SIMPLICITAS.
Le cachet de la nature et de l'art, c'est la simplicité.
Du temps de Khunrath, vivait un autre médecin initié, philosophe hermétique et continuateur de la médecine de Paracelse; c'était Oswald Crollius, auteur du Livre des signatures, ou de la vraie et vivante anatomie du grand et du petit monde. Dans cet ouvrage dont la préface est un abrégé fort bien fait de la philosophie hermétique, Crollius cherche à établir que Dieu et la nature ont en quelque sorte signé tous leurs ouvrages, et que tous les produits d'une force quelconque de la nature portent, pour ainsi dire, l'estampille de cette force imprimée en caractères indélébiles, en sorte que l'initié aux écritures occultes puisse lire à livre ouvert les sympathies et les antipathies des choses, les propriétés des substances et tous les autres secrets de la création. Les caractères des différentes écritures seraient primitivement empruntés à ces signatures naturelles qui existent dans les étoiles et dans les fleurs, sur les montagnes et sur le plus humble caillou. Les figures des cristaux, les cassures des minéraux, seraient des empreintes de la pensée que le Créateur avait en les formant. Cette idée est pleine de poésie et de grandeur, mais il manque une grammaire à cette langue mystérieuse des mondes, il manque un vocabulaire raisonné à ce verbe primitif et absolu. Le roi Salomon seul passe pour avoir accompli ce double travail; or les livres occultes de Salomon sont perdus: Crollius entreprenait donc non pas de les refaire, mais de retrouver les principes fondamentaux de cette langue universelle du Verbe créateur.
Par ces principes on reconnaîtrait que les hiéroglyphes primitifs formés des éléments mêmes de la géométrie correspondraient aux lois constitutives et essentielles des formes déterminées par les mouvements alternés ou combinés que décident les attractions équilibrantes; on reconnaîtrait à leur seule figure extérieure les simples et les composés, et par les analogies des figures avec les nombres, on pourrait faire une classification mathématique de toutes les substances révélées par les lignes de leurs surfaces. Il y a au fond de ces aspirations, qui sont des réminiscences de la science édénique, tout un monde de découvertes à venir pour les sciences. Paracelse les avait pressenties, Crollius les indique, un autre viendra pour les réaliser et les démontrer. La folie d'hier sera le génie de demain, et le progrès saluera ces sublimes chercheurs qui avaient deviné ce monde perdu et retrouvé cette Athlantide du savoir humain!
Le commencement du XVIIe siècle fut la grande époque de l'alchimie, alors parurent: Philippe Muller, Jean Thorneburg, Michel Mayer, Ortelius, Poterius, Samuel Northon, le baron de Beausoleil, David Planiscampe, Jean Duchesne, Robert Flud, Benjamin Mustapha, le président d'Espagnet, le cosmopolite qu'il fallait nommer le premier, de Nuisement, qui a traduit et publié les remarquables écrits du cosmopolite, Jean-Baptiste Van Helmont, Irénée Philalèthe, Rodolphe Glauber, le sublime cordonnier Jacob Boehm. Les principaux de ces initiés s'adonnaient aux recherches de la haute magie, et en cachaient avec soin le nom décrié sous les apparences des recherches hermétiques. Le Mercure des sages qu'ils voulaient trouver et donner à leurs disciples, c'était la synthèse scientifique et religieuse, c'était la paix qui réside dans la souveraine unité. Les mystiques n'étaient alors que les croyants aveugles des véritables illuminés, et l'illuminisme proprement dit n'était que la science universelle de la lumière. En 1623, au printemps, on trouva affichée dans les rues de Paris cette étrange proclamation:
«Nous, députés des frères rose-croix, faisons séjour visible et invisible dans cette ville, par la grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne le coeur des sages; nous enseignons, sans aucune sorte de moyens extérieurs, à parler les langues des pays que nous habitons, et nous tirons les hommes, nos semblables, de la terreur et de la mort.