Henri Khunrath était chimiste et médecin, il était né en 1502, et il avait quarante-deux ans, lorsqu'il parvint à la haute initiation théosophique. Le plus remarquable de ses ouvrages, son Amphithéâtre de la sagesse éternelle, était publié en 1598, car l'approbation de l'empereur Rodolphe qui s'y trouve annexée est datée du 1er juin de cette même année. L'auteur, bien qu'il fît profession d'un protestantisme radical, y revendique hautement le nom de catholique et d'orthodoxe; il déclare avoir en sa possession, mais garder secrète comme il convient, une clef de l'apocalypse, clef triple et unique comme la science universelle. La division du livre est septénaire, et il y partage en sept degrés l'initiation à la haute philosophie; le texte est un commentaire mystique des oracles de Salomon; l'ouvrage se termine par des tableaux synoptiques, qui sont la synthèse de la haute magie et de la kabbale occulte, en tout ce qui peut être écrit et publié verbalement. Le reste, c'est-à-dire la partie ésotérique et indicible de la science, est exprimé par de magnifiques pantacles dessinés et gravés avec soin. Ces pantacles sont au nombre de neuf.
Le premier, contient le dogme d'Hermès.
Le deuxième, la réalisation magique.
Le troisième représente le chemin de la sagesse et les travaux préparatoires de l'oeuvre.
Le quatrième représente la porte du sanctuaire éclairée par sept rayons mystiques.
Le cinquième est une rose de lumière, au centre de laquelle une forme humaine étend ses bras en forme de croix.
Le sixième représente le laboratoire magique de Khunrath, avec son oratoire kabbalistique, pour démontrer la nécessité d'unir la prière au travail.
Le septième est la synthèse absolue de la science.
Le huitième exprime l'équilibre universel.
Le neuvième résume la doctrine particulière de Khunrath avec une énergique protestation contre tous ses détracteurs. C'est un pantacle hermétique encadré dans une caricature allemande pleine de verve et de naïve colère. Les ennemis du philosophe sont travestis en insectes, en oisons bridés, en boeufs et en ânes, le tout orné de légendes latines et de grosses épigrammes en allemand; Khunrath y est représenté à droite et à gauche, en costume de ville et en costume de cabinet, faisant face à ses adversaires, soit au dedans, soit au dehors: en habit de ville, il est armé d'une épée et marche sur la queue d'un scorpion; en costume de cabinet, il est muni de pincettes et marche sur la tête d'un serpent; au dehors il démontre, et chez lui il enseigne, comme ses gestes le font assez comprendre, toujours la même vérité sans craindre le souffle impur de ses adversaires, souffle si pestilentiel pourtant que les oiseaux du ciel tombent morts à leurs pieds. Cette planche très curieuse manque dans un grand nombre d'exemplaires de l'Amphithéâtre de Khunrath.