SOMMAIRE.--Gaufridi, Urbain Grandier, Boulé et Picart, le père Girard et mademoiselle Cadière.--Phénomènes des convulsions.--Anecdotes diverses.
L'auteur grec qui a écrit la description du tableau allégorique de Cebès finit son oeuvre par cette conclusion admirable:
«Il n'y a qu'un bien véritable à désirer, c'est la sagesse; et il n'y a qu'un mal à craindre, c'est la folie.»
Le mal moral en effet, la méchanceté, le crime, ne sont autre chose qu'une folie véritable: et le père Hilarion Tissot a toutes les sympathies de notre coeur, lorsqu'il répète sans cesse dans ses brochures follement courageuses qu'au lieu de punir les criminels, il faudrait les soigner et les guérir.
Nous disons les sympathies de notre coeur, parce que notre raison proteste contre cette trop charitable interprétation du crime dont les conséquences seraient de détruire la sanction de la morale en désarmant la loi. Nous comparons la folie à l'ivresse, et considérant que l'ivresse est presque toujours volontaire, nous applaudissons à la sagesse des juges qui, ne regardant pas la perte spontanée de la raison comme une excuse, punissent sans pitié les délits et les crimes commis dans l'ivresse. Un jour viendra même peut-être où l'ivresse sera comptée parmi les circonstances aggravantes, et où tout être intelligent qui se mettra volontairement hors de la raison, se trouvera hors de la loi. La loi n'est-elle pas la raison de l'humanité?
Malheur à l'homme qui s'enivre soit de vin, soit d'orgueil, soit de haine, soit même d'amour! Il est aveugle, il est injuste, il est le jouet de la fatalité; c'est un fléau qui marche, c'est une calamité vivante; il peut tuer, il peut violer; c'est un fou sans chaîne; haro sur lui! La société a droit de se défendre; c'est plus que son droit, c'est son devoir, car elle a des enfants.
Ces réflexions nous viennent au sujet des procès de magie dont nous avons à rendre compte. On a trop accusé l'Église et la société de meurtre judiciaire sur des fous; nous admettons que les sorciers étaient des fous sans doute, mais c'étaient des fous de perversité; si parmi eux quelques innocents malades ont péri, ce sont des malheurs dont l'Église et la société ne sauraient être responsables. Tout homme condamné suivant les lois de son pays et les formes judiciaires de son temps, est justement condamné, son innocence possible n'appartient plus qu'à Dieu; devant les hommes il est et doit rester coupable.
Ludwig Tieck, dans un remarquable roman intitulé le Sabbat des sorcières, met en scène une sainte femme, une pauvre vieille épuisée de macérations, la tête affaiblie par les jeûnes et les prières, qui, pleine d'horreur pour les sorciers, et disposée par excès d'humilité à s'accuser de tous les crimes, finit par se croire en effet sorcière, s'en accuse, en est convaincue par erreur et par prévention, puis est brûlée vive. Cette histoire fût-elle vraie, que prouverait-elle? Qu'une erreur judiciaire est possible, rien de plus, rien de moins.
Mais si l'erreur judiciaire est possible en fait, elle ne saurait l'être en droit: autrement que deviendrait la justice humaine?
Socrate condamné à mort aurait pu fuir, et ses juges eux-mêmes lui en eussent fourni les moyens, mais il respecta les lois et voulut mourir.