Cette propriété des corps de s'équilibrer les uns les autres par l'attraction ou la projection de la matière première, Mesmer la nomme magnétisme, et comme elle se spécifie suivant les spécialités des êtres, lorsqu'il en étudie les phénomènes dans les êtres animés, il la nomme magnétisme animal.
Mesmer prouva sa théorie par des oeuvres, et ses expériences furent couronnées d'un plein succès.
Ayant observé l'analogie qui existe entre les phénomènes du magnétisme animal et ceux de l'électricité, il fit usage de conducteurs métalliques, aboutissant à un réservoir commun qui contenait de la terre et de l'eau, pour absorber et pour projeter les deux forces; on a depuis abandonné l'appareil compliqué des baquets, qu'on peut remplacer par une chaîne vivante de mains superposées à un corps circulaire et mauvais conducteur comme le bois d'une table, l'étoffe de soie ou de laine d'un chapeau, etc.
Il appliqua ensuite aux êtres vivants et organisés les procédés de l'aimantation métallique, et il acquit la certitude de la réalité et de la similitude des phénomènes qui s'ensuivirent.
Un seul pas lui restait à faire, c'était de déclarer que les effets attribués en physique aux quatre fluides impondérables sont les manifestations diverses d'une seule et même force diversifiée par ses usages, et que cette force inséparable de la matière première et universelle qu'elle fait mouvoir, tantôt splendide, tantôt ignée, tantôt électrique et tantôt magnétique, n'a qu'un seul nom indiqué par Moïse dans la Genèse, lorsqu'il la fait apparaître à l'appel du Tout-Puissant, avant toutes les substances et avant toutes les formes: LA LUMIÈRE; דנא יאי
Et maintenant ne craignons pas de le dire d'avance, car on le reconnaîtra plus tard.
La grande chose du XVIIIe siècle, ce n'est pas l'encyclopédie, ce n'est pas la philosophie ricaneuse et dérisoire de Voltaire, ce n'est pas la métaphysique négative de Diderot et de d'Alembert, ce n'est pas la philanthropie haineuse de Rousseau; c'est la physique sympathique et miraculeuse de Mesmer! Mesmer est grand comme Prométhée, il a donné aux hommes le feu du ciel que Franklin n'avait su que détourner.
Il ne manqua au génie de Mesmer, ni la sanction de la haine, ni la consécration des persécutions et des injures; il avait été chassé de l'Allemagne, on se moqua de lui en France, tout en lui faisant une fortune, car ses guérisons étaient évidentes et les malades allaient à lui et le payaient, puis se disaient guéris par hasard, pour ne pas attirer sur eux l'animadversion des savants. Les corps constitués ne firent pas même au thaumaturge l'honneur d'examiner sa découverte et le grand homme dut se résigner à passer pour un adroit charlatan.
Les savants seuls n'étaient pas hostiles au mesmérisme, les hommes sincèrement religieux s'alarmaient des dangers de la découverte nouvelle, et les superstitieux criaient au scandale et à la magie. Les sages prévoyaient les abus, les insensés n'admettaient pas même l'usage de cette merveilleuse puissance. N'allait-on pas au nom du magnétisme nier les miracles du Sauveur et de ses saints, disaient les uns; que va devenir la puissance du diable, disaient les autres? Et pourtant la religion qui est vraie, ne doit craindre la découverte d'aucune vérité; d'ailleurs, en donnant la mesure de la puissance humaine, le magnétisme ne donne-t-il pas aux miracles divins une sanction nouvelle, au lieu de les détruire? Il est vrai que les sots attribueront au diable moins de prodiges, ce qui leur laissera moins d'occasions d'exercer leur haine et leurs fureurs; mais ce ne sont certainement pas les personnes d'une véritable piété qui songeront jamais à s'en plaindre: le diable doit perdre du terrain quand la lumière se fait et quand l'ignorance se retire; mais les conquêtes de la science et de la lumière étendent, affermissent et font aimer de plus en plus au monde l'empire et la gloire de Dieu!