hébreu de la Révolution des âmes, dans le Dictionnaire kabbalistique du Sohar, et dans les Commentaires des Talmudistes sur le Sota, semblent avoir été connues ou devinées par l'auteur du Diable amoureux; aussi assure-t-on qu'après la publication de cet ouvrage, il reçut la visite d'un personnage inconnu, enveloppé d'un manteau à la manière des francs-juges. Ce personnage lui fit des signes que Cazotte ne comprit pas, puis enfin il lui demanda si réellement il n'était pas initié. Sur la réponse négative de Cazotte, l'inconnu prit une physionomie moins sombre, et lui dit: Je vois que vous n'êtes pas un dépositaire infidèle de nos secrets, mais un vase d'élection pour la science. Voulez-vous commander réellement aux passions humaines et aux esprits impurs? Cazotte était curieux, une longue conversation s'ensuivit, elle fut le préliminaire de plusieurs autres, et l'auteur du Diable amoureux fut réellement initié. Son initiation devait en faire un partisan dévoué de l'ordre et un ennemi dangereux pour les anarchistes, et, en effet, nous avons vu qu'il est question d'une montagne sur laquelle on s'élève pour se régénérer suivant les symboles de Cagliostro, mais cette montagne est blanche de lumière comme le Thabor, ou rouge de feu et de sang comme le Sinaï et le Calvaire. Il y a deux synthèses chromatiques, dit le Sohar: la blanche, qui est celle de l'harmonie et de la vie morale; la rouge, qui est celle de la guerre et de la vie matérielle: la couleur du jour et celle du sang. Les Jacobins voulaient élever l'étendard du sang, et leur autel s'élevait déjà sur la montagne rouge. Cazotte s'était rangé sous l'étendard de la lumière, et son tabernacle mystique était posé sur la montagne blanche. La montagne sanglante triompha un moment, et Cazotte fut proscrit. Il avait une fille, une héroïque enfant, qui le sauva au massacre de l'Abbaye. Mademoiselle Cazotte n'avait pas de particule nobiliaire devant son nom, et ce fut ce qui la sauva de ce toast d'une horrible fraternité, par lequel s'immortalisa la piété filiale de mademoiselle de Sombreuil, cette noble fille qui, pour se disculper d'être une fille noble, dut boire la grâce de son père dans le verre sanglant des égorgeurs!

Cazotte avait prophétisé sa propre mort parce que sa conscience l'engageait à lutter jusqu'à la mort contre l'anarchie. Il continua donc d'obéir à sa conscience, fut arrêté de nouveau et parut devant le tribunal révolutionnaire; il était condamné d'avance. Le président, après avoir prononcé son arrêt, lui fit une allocution étrange, pleine d'estime et de regret: il l'engageait à être jusqu'au bout digne de lui-même et à mourir en homme de coeur comme il avait vécu. La révolution, même au tribunal, était une guerre civile et les frères se saluaient avant de se donner la mort. C'est que des deux côtés il y avait des convictions sincères et par conséquent respectables. Celui qui meurt pour ce qu'il croit la vérité, est un héros, même lorsqu'il se trompe, et les anarchistes de la montagne sanglante ne furent pas seulement hardis pour envoyer les autres à l'échafaud, ils y montèrent eux-mêmes sans pâlir: que Dieu et la postérité soient leurs juges!

CHAPITRE IV.

RÉVOLUTION FRANÇAISE.

SOMMAIRE.--Le tombeau de Jacques de Molai.--La vengeance des templiers.--Propagande contre le sacerdoce et la royauté.--Louis XVI au Temple.--Spoliation et profanation des églises.--Le pape prisonnier à Valence.--Accomplissement des prophéties de saint Méthodius.

Il y avait eu dans le monde un homme profondément indigné de se sentir lâche et vicieux, et qui s'en prenait de sa honte mal dévorée à la société tout entière. Cet homme était l'amant malheureux de la nature, et la nature, dans sa colère, l'avait armé d'éloquence comme d'un fléau. Il osa plaider contre la science la cause de l'ignorance, contre la civilisation celle de la barbarie, contre toutes les hauteurs sociales en un mot celle de toutes les bassesses. Le peuple par instinct lapida cet insensé, mais les grands l'accueillirent, les femmes le mirent à la mode, il obtint tant de succès que sa haine contre l'humanité s'en augmenta et qu'il finit par se tuer de colère et de dégoût. Après sa mort, le monde s'ébranla pour se retourner en réalisation des rêves de Jean-Jacques Rousseau, et les conspirateurs qui, depuis la mort de Jacques de Molai, avaient juré la ruine de l'édifice social, établirent rue Platrière, dans la maison même où Jean-Jacques avait demeuré, une loge inaugurée sous les auspices du fanatique de Genève. Cette loge devint le centre du mouvement révolutionnaire, et un prince du sang royal vint y jurer la perte des successeurs de Philippe le Bel, sur le tombeau de Jacques de Molai.

Ce fut la noblesse du XVIIIe siècle qui corrompit le peuple; les grands, à cette époque, étaient pris d'une furie d'égalité qui avait commencé avec les orgies de la régence; on s'encanaillait alors par plaisir, et la cour s'amusait à parler le jargon des halles. Les registres de l'ordre des templiers attestent que le régent était grand maître de cette redoutable société secrète, et qu'il eut pour successeur le duc du Maine, les princes de Bourbon-Condé et de Bourbon-Conti, et le duc de Cossé-Brissac. Cagliostro avait rallié dans son rite égyptien les auxiliaires du second ordre: tout s'empressait d'obéir à cette impulsion secrète et irrésistible qui pousse vers leur destruction les civilisations en décadence. Les événements ne se firent pas attendre, ils vinrent tels que Cazotte les avait prévus, ils se précipitèrent poussés par une main invisible. Le malheureux Louis XVI était conseillé par ses plus mortels ennemis; ils arrangèrent et firent échouer le malheureux projet d'évasion qui amena la catastrophe de Varennes, comme ils avaient fait l'orgie de Versailles, comme ils commandèrent le carnage du 10 août; partout ils avaient compromis le roi, partout ils le sauvèrent de la fureur du peuple, pour exaspérer cette fureur et amener l'événement qu'ils préparaient depuis des siècles; c'était un échafaud qu'il fallait à la vengeance des templiers!

Sous la pression de la guerre civile, l'assemblée nationale déclara le roi suspendu de ses pouvoirs, et lui assigna pour résidence le palais du Luxembourg, mais une autre assemblée plus secrète en avait décidé autrement. La résidence du roi déchu, ce devait être une prison, et cette prison ne pouvait être que l'ancien palais des templiers, resté debout avec son donjon et ses tourelles, pour attendre ce prisonnier royal promis à d'inexorables souvenirs.

Le roi était au Temple et l'élite du clergé français était en exil ou à l'Abbaye. Le canon tonnait sur le Pont-Neuf, et des écriteaux menaçants proclamaient la patrie en danger. Alors des hommes inconnus organisèrent le massacre. Un personnage hideux, gigantesque, à longue barbe, était partout où il y avait des prêtres à égorger. Tiens, leur disait-il avec un ricannement sauvage, voila pour les Albigeois et les Vaudois! tiens, voilà pour les templiers! voilà pour la Saint-Barthélémy! voilà pour les proscrits des Cévennes; et il frappait avec rage, et il frappait toujours avec le sabre, avec le couperet, avec la massue. Les armes se brisaient et se renouvelaient dans ses mains, il était rouge de sang, de la tête aux pieds, sa barbe en était toute collée, et il jurait avec des blasphèmes épouvantables qu'il ne la laverait qu'avec du sang.