Ce fut cet homme qui proposa un toast à la nation, à l'angélique mademoiselle de Sombreuil.

Un autre ange priait et pleurait dans la tour du Temple, en offrant à Dieu ses douleurs et celles de deux enfants, pour obtenir de lui le pardon de la royauté et de la France. Pour expier les folles joies des Pompadour et des Dubarry, il fallait toutes les souffrances et toutes les larmes de cette vierge-martyre, la sainte madame Élisabeth.

Le jacobinisme était déjà nommé avant qu'on n'eût choisi l'ancienne église des Jacobins pour y réunir les chefs de la conjuration; ce nom vient de celui de Jacques, nom fatal et prédestiné aux révolutions. Les exterminateurs en France ont toujours été appelés les Jacques; le philosophe dont la fatale célébrité prépara de nouvelles jacqueries et servit aux projets sanglants des conspirateurs joannites se nommait Jean-Jacques, et les moteurs occultes de la révolution française avaient juré le renversement du trône et de l'autel sur le tombeau de Jacques de Molai.

Après la mort de Louis XVI, au moment même où il venait d'expirer sous la hache de la révolution, l'homme à la longue barbe, ce juif errant du meurtre et de la vengeance, monta sur l'échafaud devant la foule épouvantée, il prit du sang royal plein ses deux mains et les secouant sur la tête du peuple, il cria d'une voix terrible: «Peuple français, je te baptise au nom de Jacques et de la liberté [21]

Note 21:[ (retour) ] Prudhomme, dans son journal, rapporte autrement les paroles de cet homme. Nous tenons celles que nous donnons ici d'un vieillard qui les a entendues.

La moitié de l'oeuvre était faite, et c'était désormais contre le pape que l'armée du Temple devait diriger tous ses efforts.

La spoliation des églises, la profanation des choses sacrées, des processions dérisoires, l'inauguration du culte de la raison dans la métropole de Paris, furent le signal de cette guerre nouvelle. Le pape fut brûlé en effigie au Palais-Royal, et bientôt les armées de la république se disposèrent à marcher sur Rome.

Jacques de Molai et ses compagnons étaient peut-être des martyrs, mais leurs vengeurs ont déshonoré leur mémoire. La royauté se régénéra sur l'échafaud de Louis XVI, l'Église triompha dans la captivité de Pie VI, traîné prisonnier à Valence et mourant de fatigue et de douleurs, mais les indignes successeurs des anciens chevaliers du Temple périrent tous ensevelis dans leur funeste victoire.

Il y avait eu dans l'état ecclésiastique de grands abus et de grands scandales entraînés par le malheur des grandes richesses; les richesses disparurent et on vit revenir les grandes vertus. Ces désastres temporels et ce triomphe spirituel avaient été prédits dans l'Apocalypse de saint Méthodius, dont nous avons déjà parlé. Nous possédons de ce livre un exemplaire en lettres gothiques, imprimé en 1527, et orné des plus étonnantes figures: on y voit d'abord des prêtres indignes jetant les choses saintes aux pourceaux, puis le peuple révolté assassinant les prêtres et leur brisant les vases sacrés sur la tête; on y voit d'abord le pape prisonnier des hommes de guerre, puis un chevalier couronné qui d'une main relève l'étendard de la France et étend de l'autre son épée sur l'Italie; on y voit deux aigles et un coq qui porte une couronne sur la tête et une double fleur de lys sur la poitrine; on y voit le second aigle qui fait alliance avec les griffons et les licornes pour chasser le vautour de son aire, et bien d'autres choses étonnantes. Ce livre singulier n'est comparable qu'à une édition illustrée des prophéties de l'abbé Joachim (de Calabre), où l'on voit les portraits de tous les papes à venir avec les signes allégoriques de leur règne jusqu'à la venue de l'Antéchrist. Chroniques étranges de l'avenir raconté comme le passé et qui feraient croire à une succession de mondes où les événements se renouvellent, en sorte que la prévision des choses futures ne serait que l'évocation des reflets perdus du passé!