Encore le temple, le feu et le poignard! Chose étrange! les fous se reflètent les uns et les autres, tous les fanatismes échangent leurs inspirations, et le prophète de Louis XVII devient ici l'écho du cri de vengeance des templiers.
Il est vrai que Vintras ne se croit pas responsable de ses écrits; voici comment il en parle lui-même.
«Oh! si mon esprit était pour quelque chose dans ces écrits que l'on condamne, j'inclinerais ma tête, et la crainte entrerait dans mon âme. Ce n'est point mon ouvrage: je n'y ai point prêté mon concours par recherche ni par désir. Le calme est en moi; ma couche ne connaît pas l'insomnie; les veilles n'ont point fatigué mes paupières; mon sommeil est pur comme quand Dieu le créa: je puis dire à mon Dieu avec un coeur libre: Custodi animam meam et erue me: non erubescam, quoniam speravi in te.»
Un autre prétendu réformateur, celui qui se posait en messie des bagnes et de l'échafaud, Lacenaire, auquel nous ne comparerons certainement pas Vintras, écrivait aussi de sa prison:
Comme une vierge chaste et pure
Dans des rêves d'amour je veille et je m'endors.
Quelqu'un m'apprendra-t-il ce que c'est qu'un remords?
L'argument de Vintras, pour légitimer son inspiration, n'est donc pas concluant, puisqu'il a servi également à Lacenaire pour excuser et même pour légitimer aussi, non plus des rêveries, mais des crimes.
Condamnés par le pape, les sectaires de Tilly-sur-Seules condamnèrent le pape à leur tour, Vintras, de son autorité privée, s'est créé souverain pontife. La forme de ses vêtements sacerdotaux lui a été révélée: il porte un diadème d'or avec un lingam indien sur le front, il revêt une robe de pourpre et tient en main un sceptre magique terminé par une main dont les doigts sont fermés à l'exception du pouce et de l'auriculaire, les doigts consacrés à Vénus et à Mercure, hiéroglyphe de l'hermaphrodite antique, emblème des anciens cultes orgiaques et des priapées du sabbat. Ainsi les réminiscences et les reflets de la magie noire apportés par la lumière astrale viennent rattacher aux mystères de l'Inde et au culte profane du Baphomet, les extases de ce malade contagieux dont l'infirmerie est à Londres, et qui continue à y faire des prosélytes et des victimes.
Aussi l'exaltation du pauvre prophète n'est-elle pas toujours exempte d'épouvante et de remords, quoi qu'il en dise, et parfois il laisse échapper les plus tristes aveux. Voici ce que nous trouvons dans une lettre adressée à un de ses plus intimes amis: