M. Du Potet est un de ces hommes fortement convaincus qui supportent courageusement les dédains de la science et les préjugés de l'opinion, en répétant tout bas la profession de foi secrète de Galilée: La terre tourne cependant!
On a découvert tout récemment que les tables tournent aussi, et que l'aimantation humaine donne aux objets mobiliers soumis à l'influence des crisiaques un mouvement de rotation. Les masses même les plus lourdes peuvent être soulevées et promenées dans l'espace par cette force, car la pesanteur n'existe qu'en raison de l'équilibre des deux forces de la lumière astrale, augmentez l'action de l'une des deux, l'autre cédera aussitôt. Or, si l'appareil nerveux aspire et respire cette lumière en la rendant positive ou négative, suivant les surexcitations personnelles du sujet, tous les corps inertes soumis à son action et imprégnés de sa vie deviendront plus légers ou plus lourds, suivant le flux et le reflux de la lumière qui entraîne dans le nouvel équilibre de son mouvement les corps poreux et mauvais conducteurs autour d'un centre vivant, comme les astres dans l'espace sont emportés, balancés, et gravitent autour du soleil.
Cette puissance excentrique d'attraction ou de projection suppose toujours un état maladif chez celui qui en est le sujet, les médiums sont tous des êtres excentriques et mal équilibrés; la médiomanie suppose ou occasionne une suite d'autres manies nerveuses, idées fixes, dérèglements d'appétits, érotomanie désordonnée, penchants au meurtre ou au suicide. Chez les êtres ainsi affectés, la responsabilité morale semble n'exister plus; ils font le mal avec la conscience du bien; ils pleurent de piété à l'église et peuvent être surpris dans de hideuses bacchanales; ils ont une manière de tout expliquer, c'est le diable, ce sont les esprits qui les obsèdent et les entraînent. Que leur voulez-vous? que leur demandez-vous? Ils ne vivent plus en eux-mêmes; c'est un être mystérieux qui les anime, c'est lui qui agit à leur place, et être se nomme légion!
Les essais réitérés d'une personne bien portante pour se créer des facultés de médium la fatiguent, la rendent malade, et peuvent déranger sa raison. C'est ce qui est arrivé à Victor Hennequin, ancien rédacteur de la Démocratie pacifique, et membre, après 1848, de l'Assemblée nationale: c'était un jeune avocat d'une parole abondante et facile, il ne manquait ni d'instruction, ni de talent, mais il était infatué de rêveries de Fourier: exilé après le 2 décembre, il se livra dans l'inaction de sa retraite aux expériences des tables tournantes; bientôt il fut atteint de médiomanie, et crut être l'instrument des révélations de l'âme de la terre. Il publia un livre intitulé: Sauvons le genre humain, c'était un mélange de souvenirs phalanstériens et de réminiscences chrétiennes, une dernière lueur de raison mourante y brille encore, mais les expériences continuèrent et la folie triompha. Dans un dernier ouvrage dont le premier volume a été seul publié, Victor Hennequin représente Dieu comme un immense polype placé au centre de la terre avec des antennes et des trompes contournées en vrilles qui vont et viennent à travers son cerveau et celui de sa femme Octavie. Bientôt après on apprit que Victor Hennequin était mort des suites d'un accès de démence furieuse dans une maison d'aliénés.
Nous avons entendu parler d'une dame du grand monde qui se livrait à des conversations avec les prétendus esprits des meubles, et qui, scandalisée outre mesure par les réponses inconvenantes de son guéridon, fit le voyage de Rome pour déférer le meuble hérétique au saint siège; elle avait emporté avec elle le coupable, et en fit un autodafé dans la capitale du monde chrétien. Mieux vaut brûler son mobilier que de se rendre folle, et en vérité pour cette dame le péril était imminent.
[496] Ne rions pas d'elle, nous, enfants d'un siècle de raison où des hommes sérieux, comme le comte de Mirville, attribuent au diable les phénomènes inexpliqués de la nature.
Dans un mélodrame qui se joue sur les boulevards, il est question d'un magicien qui, pour se faire un auxiliaire formidable, a créé un androïde, un monstre à griffes de lion, à cornes de taureau, à écailles de liévathan, il donne la vie à ce sphinx hybride, et aussitôt, épouvanté de son ouvrage, il prend la fuite. Le monstre le poursuit, apparaît entre lui et sa fiancée, incendie sa maison, brûle son père, enlève son fils, le poursuit jusque sur la mer, monte avec lui sur son vaisseau qu'il fait engloutir et finit lui-même par un coup de foudre. Ce spectacle affreux, risible à force d'épouvante, a été réalisé dans l'histoire de l'humanité, la poésie a été personnifiée le fantôme du mal lui a prêté toutes les forces de la nature. Elle voulait de cet épouvantail faire un auxiliaire à la morale, puis elle a eu peur de cette laideur enfantée par ses rêves. Depuis ce temps, le monstre nous poursuit à travers les âges, il apparaît hideux et grimaçant entre nous et les objets de nos amours, cauchemar immonde, il étouffe nos enfants pendant leur sommeil, il apporte dans la création, cette maison paternelle de l'humanité, l'incendie inextinguible de l'enfer, il brûle et torture à jamais nos pères et nos mères; il étend ses ailes noires pour nous cacher le ciel et il nous crie: Plus d'espérance! il monte en groupe et galope après nous comme le chagrin; il plonge dans l'océan du désespoir la dernière arche de notre espérance; c'est l'antique Arimanes des Perses, c'est le Typhon de l'Égypte, c'est le dieu noir des sectaires de Manès, du comte de Mirville et de la magie noire du diable, c'est l'horreur du monde et l'idole des mauvais chrétiens. Les hommes ont essayé d'en rire et ils en ont peur. Ils en font des caricatures, et ils tressaillent, parce qu'il leur semble voir ces caricatures mêmes s'animer pour se moquer d'eux à leur tour. Cependant son règne est passé, mais il ne périra pas écrasé par la foudre du ciel: la science a conquis le feu du tonnerre, et elle a fait des flambeaux, le monstre s'évanouira devant les splendeurs de la science et la vérité: le génie de l'ignorance et de la nuit ne peut être foudroyé que par la lumière!
CHAPITRE IV.
LES FANTAISISTES EN MAGIE.
SOMMAIRE.--Le Magicien, par Alphonse Esquiros.--Les livres et les miracles de Henri Delaage.--Les expériences du comte d'Ourches.--Le livre du baron de Guldenstabbé.--Un mot sur les nécromanciens et les vampires.--Le cartomancien Edmond.