Voici comment il raconte lui-même sa découverte:
«Ce fut déjà dans le courant de l'année 1850, environ trois ans avant l'invasion de l'épidémie des tables tournantes, que l'auteur a voulu introduire en France les cercles du spiritualisme d'Amérique, les coups mystérieux de Rochester et récriture purement machinale des médiums. Il a rencontré malheureusement beaucoup d'obstacles de la part des autres magnétiseurs. Les fluidistes, et même ceux qui s'intitulèrent magnétiseurs spiritualistes, mais qui n'étaient en vérité que des somnambuliseurs de bas étage, traitèrent les coups mystérieux du spiritualisme américain de folies et de songes creux. Aussi ce n'est qu'au bout de plus de six mois, que l'auteur a pu former le premier cercle selon le mode des Américains, grâce au concours zélé que lui a prêté M. Roustan, ancien membre de la société des magnétiseurs spiritualistes, homme simple, mais plein d'enthousiasme pour la sainte cause du spiritualisme. Plusieurs autres personnes sont venues se joindre à nous, parmi lesquelles il faut citer feu l'abbé Châtel, le fondateur de l'Église française, qui, malgré ses tendances rationalistes, a fini par admettre la réalité d'une révélation objective et surnaturelle, condition indispensable du spiritualisme et de toutes les religions positives. On sait que les cercles américains sont basés (abstraction faite de certaines conditions morales, également requises) sur la distinction des principes magnétiques ou positifs et électriques ou négatifs.
»Ces cercles se composent de douze personnes, dont six représentent les éléments positifs, et les six autres, les éléments négatifs ou sensitifs. La distinction des éléments ne doit pas être faite d'après le sexe des personnes, bien que généralement les femmes aient des attributs négatifs et sensitifs, et que les hommes soient doués de qualités positives et magnétiques. Il faut donc bien étudier la constitution morale et physique de chacun, avant de former les cercles, car il y a des femmes délicates qui ont des qualités masculines, comme quelques hommes vigoureux ne sont que des femmes au moral. On place une table dans un endroit spacieux et aéré. Le médium (ou les milieux) doit s'asseoir au bout de la table et être entièrement isolé; il sert de conducteur à l'électricité par son calme et sa quiétude contemplative. Un bon somnambule est en général un excellent MÉDIUM. On place les six natures électriques ou négatives qu'on reconnaît généralement aux qualités affectueuses du coeur et à leur sensibilité, à droite du médium, en mettant immédiatement auprès du médium la personne la plus sensitive ou négative du cercle. Il en est de même quant aux natures positives que l'on place à gauche du médium, parmi lesquelles la personne la plus positive, la plus intelligente doit se mettre également auprès du médium. Pour former la chaîne, il faut que les douze personnes posent la main droite sur la table, et qu'elles mettent la main gauche du voisin dessus, en faisant ainsi le tour de la table de la même façon. Quant au médium ou aux milieux, s'il y en a plusieurs, ils restent entièrement isolés des douze personnes qui forment la chaîne.
»Nous avons obtenu au bout de plusieurs séances certains phénomènes remarquables, tels que des secousses simultanées, ressenties par tous les membres du cercle au moment de l'évocation mentale des personnes les plus intelligentes. Il en est de même des coups mystérieux et des sons étranges; plusieurs personnes même très insensibles ont eu des visions simultanées, bien qu'elles fussent restées à l'état ordinaire de veille. Quant aux sujets sensibles, ils ont acquis l'admirable faculté des médiums, d'écrire machinalement grâce à une attraction invisible, laquelle se sert d'un bras sans intelligence pour exprimer ses idées. Au surplus, les individus insensibles ressentaient cette influence mystérieuse d'un souffle externe, mais l'effet n'était pas assez fort pour mettre en mouvement leurs membres. Du reste, tous ces phénomènes obtenus selon le mode du spiritualisme américain, ont le défaut d'être encore plus ou moins indirects, parce qu'on ne peut pas se passer dans ces expériences de l'intermédiaire d'un être humain, d'un médium. Il en est de même des tables tournantes et parlantes qui n'ont envahi l'Europe qu'au commencement de l'année 1853.
»L'auteur a fait beaucoup d'expériences de tables avec son honorable ami, M. le comte d'Ourches, l'un des hommes les plus versés dans la magie et dans les sciences occultes. Nous sommes parvenus peu à peu à mettre les tables en mouvement sans attouchement quelconque; M. le comte d'Ourches les a fait soulever même sans attouchement. L'auteur a fait courir les tables avec une grande vitesse également sans attouchement et sans le concours d'un cercle magnétique. Il en est de même des vibrations des cordes d'un piano, phénomène obtenu déjà le 20 janvier 1856 en présence des comtes de Szapary et d'Ourches. Tous ces phénomènes révèlent bien la réalité de certaines forces occultes, mais ces faits ne démontrent pas suffisamment l'existence réelle et substantielle des intelligences invisibles, indépendantes de notre volonté et de notre imagination, dont on agrandit, il est vrai, démesurément, de nos jours le pouvoir. De là le reproche que l'on adresse aux spiritualistes américains de n'avoir que des communications insignifiantes et vagues avec le monde des esprits, qui ne se manifestent que par certains coups mystérieux, et par la vibration de quelques sons. En effet il n'y a qu'un phénomène direct, intelligent et matériel à la fois, indépendant de notre volonté et de notre imagination, tel que l'écriture directe des esprits, qu'on n'a pas même évoqués ni invoqués, qui puisse servir de preuve irréfragable de la réalité du monde surnaturel.
»L'auteur, étant toujours à la recherche d'une preuve intelligente et palpable en même temps, de la réalité substantielle du monde surnaturel, afin de démontrer par des faits irréfragables, l'immortalité de l'âme, n'a jamais cessé d'adresser des prières ferventes à l'Éternel de vouloir bien indiquer aux hommes un moyen infaillible pour raffermir la foi en l'immortalité de l'âme, cette base éternelle de la religion. L'Éternel, dont la miséricorde est infinie, a amplement exaucé cette faible prière. Un beau jour, c'était le premier août 1856, l'idée vint à l'auteur d'essayer si les esprits pouvaient écrire directement, sans l'intermédiaire d'un médium. Connaissant l'écriture directe et merveilleuse du Décalogue selon Moïse, et l'écriture également directe et mystérieuse durant le festin du roi Baltazar suivant Daniel, ayant en outre entendu parler des mystères modernes de Strattford en Amérique, où l'on avait trouvé certains caractères illisibles et étranges, tracés sur des morceaux de papier, et qui ne paraissaient pas provenir des médiums, l'auteur a voulu constater la réalité d'un phénomène dont la portée serait immense, s'il existait réellement.
»Il mit donc un papier blanc à lettres et un crayon taillé dans une petite boite fermée à clef, en portant cette clef toujours sur lui-même et sans faire part de cette expérience à personne. Il attendit durant douze jours en vain, sans remarquer la moindre trace d'un crayon sur le papier, mais quel fut son étonnement, lorsqu'il remarqua le 13 août 1856 certains caractères mystérieux, tracés sur le papier; à peine les eut-il remarqués qu'il répéta dix fois pendant cette journée, à jamais mémorable, la même expérience, en mettant toujours au bout d'une demi-heure, une nouvelle feuille de papier blanc dans la même boîte. L'expérience fut couronnée chaque fois d'un succès complet.
»Le lendemain, 14 août, l'auteur fit de nouveau une vingtaine d'expériences, en laissant la boîte ouverte et en ne la perdant pas de vue; c'est alors que l'auteur voyait que des caractères et des mots dans la langue esthonienne se formèrent ou furent gravés sur le papier, sans que le crayon bougea. Depuis ce moment, l'auteur, voyant l'inutilité du crayon, a cessé de le mettre sur le papier; il place simplement un papier blanc sur une table chez lui, ou sur le piédestal des statues antiques, sur les sarcophages, sur les urnes, etc., au Louvre, à Saint-Denis, à l'église Saint-Étienne-du-Mont, etc. Il en est de même des expériences faites dans les différents cimetières de Paris. Du reste, l'auteur n'aime guère les cimetières, la plupart des esprits préférant les lieux où ils ont vécu durant leur carrière terrestre, aux endroits où repose leur dépouille mortelle.»
Nous sommes loin de révoquer en doute les phénomènes singuliers observés par M. le baron, mais nous lui ferons observer que la découverte avait été faite avant lui par Lavater et qu'il y a encore loin de quelques lignes obtenues par M. de Guldenstubbé au portrait peint à l'aquarelle par le kabbaliste Gablidone.
Maintenant, au nom de la science, nous dirons à M. de Guldenstubbé, non pas pour lui qui ne nous croira pas, mais pour les observateurs sérieux de ces phénomènes extraordinaires: