Là est le fantôme irréligieux qui calomnie la religion, ôtez-nous cette idole qui nous cache notre sauveur. A bas le tyran du mensonge! A bas le Dieu noir des manichéens! A bas l'Arimane des anciens idolâtres! Vive Dieu seul et son Verbe incarné, Jésus-Christ, le sauveur du monde, qui a vu Satan tomber du ciel! et vive Marie, la divine mère qui a écrasé la tête de l'infernal serpent!
Voilà ce que disent, avec unanimité, la tradition des saints et les coeurs de tous les vrais fidèles: Attribuer une grandeur quelconque à l'esprit déchu, c'est calomnier la divinité; prêter une royauté quelconque à l'esprit rebelle, c'est encourager la révolte, c'est commettre, en pensée du moins, le crime de ceux qu'au moyen âge on appelait avec horreur des sorciers.
Car tous les crimes punis autrefois de mort sur les anciens sorciers, sont réels et sont les plus grands de tous les crimes.
Ils ont ravi le feu du ciel, comme Prométhée.
Ils ont chevauché, comme Médée, les dragons ailés et le serpent volant.
Ils ont empoisonné l'air respirable, comme l'ombre du mancenillier.
Ils ont profané les choses saintes et fait servir le corps même du Seigneur à des oeuvres de destruction et de malheur.
Comment tout cela est-il possible? C'est qu'il existe un agent mixte, un agent naturel et divin, corporel et spirituel, un médiateur plastique universel, un réceptacle commun des vibrations du mouvement et des images de la forme, un fluide et une force qu'on pourrait appeler en quelque manière l'imagination de la nature. Par cette force tous les appareils nerveux communiquent secrètement ensemble; de là naissent la sympathie et l'antipathie; de là viennent les rêves; par là se produisent les phénomènes de seconde vue et de vision extranaturelle. Cet agent universel des oeuvres de la nature, c'est l'od des hébreux et du chevalier de Richembach, c'est la lumière astrale des martinistes, et nous préférons, comme plus explicite, cette dernière appellation.
L'existence et l'usage possible de cette force sont le grand arcane de la magie pratique. C'est la baguette des thaumaturges et la clavicule de la magie noire.
C'est le serpent édénique qui a transmis à Ève les séductions d'un ange déchu.