Affaibli par sa longue léthargie, Guilain croyait rêver, et rêvait à demi en effet. Il lui semblait qu'il revoyait une ancienne amie, et qu'après un cauchemar de passion coupable et agitée, il se retrouvait au sein de ses premières amours. Il croyait avoir aimé Violette la première, puis l'avoir quittée pour une indigne rivale qui l'avait trahi et assassiné. Violette, alors, était revenue pour lui sauver la vie; elle le pansait et le soignait en lui souriant comme une mère, et lui aussi il lui souriait en fondant en pleurs.

—Violette, s'écria-t-il enfin, vous me pardonnez! Vous êtes revenue. Vous m'avez guéri, je vais être à vous pour toujours… Mais, que dis-je? je rêvais. Oh! pardon! pardon, madame, voici la raison qui me revient, et je regrette mon délire, parce qu'alors j'osais vous dire: Je vous aime! Pourquoi ne m'avez-vous pas laissé mourir?

—Parce que je veux que vous soyez heureux Guilain; parce que je veux bien vous entendre dire que vous m'aimez.

—Mais vous êtes mariée, Violette?

—Je suis veuve, dit l'indulgente femme en baissant les yeux.

IX

LE GRAND PEUT-ÊTRE

Cinq ans après, dans la même saison, c'est-à-dire au déclin de l'automne, maître Guilain, Mme Violette, sa femme, et leur fils arrivaient en hâte de Touraine pour visiter leur cher parent malade, et le parent c'était notre illustre ami, le bon et savant Rabelais.

Aux premières atteintes du mal, on l'avait fait transporter de Meudon à Paris pour le mieux soigner. Mais il en savait plus à lui tout seul que tous les médecins ensemble, et il avait déclaré dès le commencement qu'il ne s'en relèverait pas.

Il avait fait de vive voix son testament: