—Je n'ai rien à moi, avait-il dit, car les biens d'un prêtre sont aux pauvres. Ce qu'il dépense pour son entretien, il le leur emprunte. Je leur dois donc beaucoup, et ne pouvant les payer, je leur abandonne du moins tout ce qui me reste.

C'est ce testament si chrétien qu'on a travesti, en lui faisant dire:

«Je n'ai rien, je dois beaucoup et je donne le reste aux pauvres.»

Oh! chers grands hommes populaires, lorsqu'il vous vient à la pensée quelque belle parole, ne la dites pas, écrivez-la, faites-la imprimer de votre vivant et corrigez deux fois les épreuves!

Une religieuse hospitalière était au chevet du malade; elle avait obtenu des supérieurs de son ordre la permission d'assister et de soigner monsieur le curé de Meudon.

Cette religieuse était soigneusement voilée, suivant la règle de son institut, et laissait à peine entrevoir le bas de son visage. On annonça le vicaire de Saint-Paul, qui apportait les derniers sacrements à son confrère, et bientôt entra un vieux prêtre, sec et vilain, qui, tenant en main un crucifix, s'approcha du lit d'un air furieux comme s'il eût voulu exorciser le diable.

—Me reconnaissez-vous? dit-il d'un ton tragique à maître François.

—Comment le ferais-je, si je ne vous ai jamais vu, dit le mourant.

—Je suis frère Paphnuce de la Basmette que vous avez fait mettre en prison.

—Eh! vraiment! dit Rabelais, je suis enchanté de vous voir, cela me rappelle des souvenirs de jeunesse. Seulement les miens sont plus fidèles que les vôtres, et, si je ne me trompe, c'est vous qui m'aviez fait mettre en prison et non pas moi qui vous y ai fait mettre.