—Guilain, vous vous trompez, dit alors une voix de femme, qui fit tressaillir tout le monde. C'était la religieuse hospitalière, qui, jusque-là, était restée silencieuse au chevet du lit, priant et disant son chapelet. Alors elle releva son voile:

—Pardonnez à Marjolaine, comme elle vous pardonne, ajouta-t-elle.
Marjolaine est morte au monde et la soeur Marie priera pour vous.

Pas n'est besoin de dire que la soeur Marie c'était la pauvre
Marjolaine.

—Bénissez ma famille, madame, dit Guilain, en lui présentant Violette et son fils.

—C'est à notre bon pasteur de nous bénir tous dit soeur Marie en s'agenouillant.

—Enfants, dit Rabelais, je grondais frère Jean tout à l'heure, et voici que j'ai les larmes aux yeux. Mais, rassurez-vous; ce n'est pas de chagrin, c'est de joie. Je vous vois tous réunis en bonne amitié, vous êtes au nid de la pie, gardez bien ce que Dieu vous donne, c'est mon souhait et ma bénédiction dernière. Pour moi, je vais chercher LE GRAND PEUT-ÊTRE.

—Le grand peut-être, se récria Guilain! O mon maître, douteriez-vous en ce moment de l'immortalité de l'âme?

—On ne va pas chercher le néant, dit Rabelais, et quand je dis en m'en allant, que je vais chercher quelque chose, c'est que je compte bien survivre à mon pauvre corps. Mais qui peut être certain d'avance de ses destinées éternelles?

La vie, ici bas, me semble une école où nous apprenons à vivre; j'en conclus que nous devons vivre ailleurs. Ce ne sont ici qu'essais et jeux d'enfants. C'est une farce théâtrale qui précède le grand mystère… eh bien, mes enfants, à revoir ailleurs, et souvenez-vous un peu de moi.

Et maintenant: