—Il est justement occupé à la vigne de Jean Lubin qui l'a prié de lui aider comme son ami et son compère, je viens de les voir de loin en passant près des grands poiriers.
—Eh bien! allez vite les rejoindre et menez-les avec vous à la chambre de Marjolaine; vous approcherez tout doucement, et si les oiseaux sont au nid vous les prendrez sans les effaroucher. A revoir, mère Guillemette!
—Oh! mon Dieu! vous me faites peur. Mais ce n'est pas possible, et d'ailleurs comment sauriez-vous?…
—Tenez, mère Guillemette, dit frère François en faisant approcher la bonne femme de la fenêtre, n'est-ce pas là-bas, au bout de la maisonnette qu'on voit d'ici, qu'est la chambre de la petite Marjolaine?…
—Mais oui… mais oui. Ah! mais, qu'est-ce que c'est donc que cela? On dirait qu'il y a quelqu'un qui lui parle par la fenêtre… Je ne distingue pas très-bien… mais je crois voir une robe brune; c'est sans doute la mère Barbe ou la vieille Marguerite… mais elles ont donc sauté par-dessus la haie, puisque j'ai fermé la porte à la clef… Bon! la voilà qui entre et la fenêtre qu'on referme. Qu'est-ce que c'est donc? qu'est-ce que c'est donc que cela?
—Décidément, il faut que frère Lubin ait pris la fuite par-dessus les murs! s'écria en même temps la voix de frère Paphnuce qui revenait tout essoufflé, on ne le trouve nulle part.
—Je vais le chercher avec vous si vous le désirez, mon frère, et quant à vous, mère Guillemette, doucement et de la prudence: vous connaissez le mal et vous en savez le remède. Allez vite, et si vous n'arrivez pas assez à temps pour empêcher une petite crise, faites en sorte qu'elle tourne à bien, et votre malade est sauvée.
LA VIGILE DE SAINT FRANÇOIS
Sous le choeur de l'église des frères, il y avait une crypte assez profonde, au fond de laquelle était l'autel de la Madeleine; de chaque côté de l'autel était figuré un enfoncement dans les roches fermé par une grille où l'on entrevoyait les statues agenouillées et peintes au naturel de saint Antoine et de saint Paul, premier ermite. En face de l'autel, était placée dans une niche assez spacieuse, dont la porte historiée et dorée s'ouvrait et se fermait à deux battants, la statue du grand saint François d'Assise.
Or, il était d'usage au couvent de la Basmette que les moines vinssent processionnellement échanger les statues de saint François et de la Madeleine, Mme sainte Madeleine faisant alors au patron de la communauté tous les honneurs du grand autel.