Lubin reconnut cette voix: c'était celle de frère Paphnuce.

Les deux assistants s'emparèrent du novice, malgré ses prières et ses cris, et le dépouillèrent de son habit religieux.

—Maintenant, dit Paphnuce en lui présentant le crucifix, faites un acte de contrition.

—O mon Dieu! que va-t-il donc m'arriver! dit frère Lubin, est-ce que vous voulez me donner la mort!

—Il va vous arriver quelque chose de bien plus affreux que la mort, dit le maître des novices: vous avez déjà perdu, par votre faute, le saint habit de religion. Tenez, prenez cela, ajouta-t-il en jetant à celui qui tenait une corde la défroque du novice, dont il fit aussitôt un paquet; et vous, dit-il à l'autre, déployez devant ce petit malheureux sa livrée d'ignominie… Ah! vous croyez que vous allez mourir! vous le voudriez bien, peut-être, pour ensevelir votre honte dans le tombeau. Mais, non, vous ne mourrez pas… On va seulement vous rendre votre vêtement séculier, et vous laisser à vos réflexions: puissent-elles amener une conversion salutaire! Vous renouvellerez demain votre amende honorable devant l'autel de saint François.

Deo gratias! dit le novice; je l'ai échappé belle, et je m'estime assez heureux d'en être quitte à ce prix-là!

VI

LE MARIAGE MIRACULEUX

Le lendemain, les rideaux du lit de l'Aurore étaient encore parfaitement tirés, et cette vieille déesse mythologique qui se rajeunit tous les matins en prenant des bains de rosée et en s'enluminant de vermillon, dormait encore profondément lorsque les cloches de la Basmette, secouant dans les nuages leurs carillons à grande volée, réveillèrent les petits oiseaux et firent palpiter deux jeunes coeurs qui ne dormaient pas.

La porte de la petite chambre de Marjolaine s'ouvrit doucement et laissa arriver la lueur d'une lampe jusque sur le jupon blanc de la jeune fille, qui s'était levée sans lumière et commençait déjà à s'habiller.