«Bon saint François, je vous prie pour mon frère, qui vous a servi pendant douze ans, pour me conserver la vie et me faire grandir; maintenant, c'est à mon tour, et je me donne à vous pour rendre la liberté à mon frère! Je sais que vous êtes bon et que vous ne faites pas mourir les enfants. Vous voulez seulement qu'ils soient bien sages et qu'ils aiment bien le bon Dieu. Oh! je vous le promets, grand saint François, permettez donc que mon frère soit heureux, et je vous en remercierai tous les jours par ma piété et ma sagesse!»

Tout le monde fut attendri, excepté les moines. Les femmes pleuraient, et Jean Lubin essuyait avec sa main ses grosses larmes aux coins de ses yeux. Frère Paphnuce faisait une laide grimace; il imposa silence d'un grand geste de sa main osseuse, et montrant la statue du saint patron:

—C'est à saint François qu'on a fait un voeu, s'écria-t-il; c'est saint François qui doit décider. Jamais la gloire de notre ordre n'eut plus besoin d'un miracle pour instruire les pécheurs et raffermir ceux qui chancèlent; j'ose croire que notre saint patron ne nous le refusera pas… Mais d'abord, que frère Lubin lui-même nous dise ce qu'il a choisi!…

Et le maître des novices chercha par l'accent de sa voix et les roulements de ses yeux à intimider le jeune homme.

Frère Lubin retint dans un de ses bras sa soeur Mariette qu'on voulait éloigner de lui, et, se retournant du côté du peuple, il étendit son autre main et ne dit que ce mot:

—Marjolaine!

La jeune fille alors se leva toute tremblante d'émotion, et s'avança pour rejoindre son fiancé à l'autel…..

—Arrêtez! cria frère Paphnuce d'une voix tonnante, et se tournant du côté de la statue du patron:

—Grand saint François, continua-t-il d'un ton solennel, bénirez-vous ce mariage?

—Non! répondit une voix qui paraissait sortir du pied même de la statue.