—Mais le libre arbitre! se récria un moine.
—Précisément, dit frère François, c'est le respect pour le libre arbitre qui doit nous empêcher de contracter des engagements qui l'enchaînent, et qui, si nous avons présumé de nos forces, l'entraîneront nécessairement à des chutes irrémédiables.
—Écrivez, dit frère Paphnuce, qu'il blâme les voeux de religion, et prétend que les moines n'ont pas leur libre arbitre, ce qui est une hérésie monstrueuse et abominable.
—Nous y voilà, dit le père prieur! et qu'avez-vous à répondre maintenant, on vous accuse d'être hérétique? On a trouvé dans votre cellule les livres diaboliques de l'exécrable Luther, commentés et annotés de votre main. Vous vous livrez à l'étude du grec et vous lisez les auteurs profanes, comme font les prétendus réformateurs de nos jours. Au lieu de donner au couvent et d'employer, pour l'ornement de l'église, vos honoraires de prédicateur et de médecin, vous les employez à acheter un tas de grimoires, que l'ennemi de notre salut doit seul connaître, et dont un religieux ne devrait pas même soupçonner l'existence. Quels beaux discours allez-vous nous faire pour vous justifier de tout ceci?
—Vraiment, dit le frère François, je ne sais ici que répondre; car je ne comprends pas bien clairement l'accusation. Les Latins et les Grecs sont-ils donc entachés d'hérésie à tel point qu'on ne puisse étudier leurs livres? Mais nos offices ne sont-ils donc pas en latin?
—Sans doute, dit le père prieur: mais les Grecs sont des schismatiques!
—Ceux d'à présent, je vous l'accorde: quant aux anciens.
—Ceux-là c'était bien pis; ils adoraient les démons.
—Toujours est-il que saint Bazile, saint Jean Chrysostôme, saint
Grégoire de Nazianze et saint Athanase ont écrit en grec.
—Ce n'est pas ce qu'ils ont fait de mieux! Eh bien! quoi! vous éclatez de rire!…