—L'argent du bon Dieu, dites-vous! oh! oh! qu'est ceci? Ne savez-vous pas comment notre Seigneur appelle le Dieu de l'argent? il le nomme Mammona, et en fait le dieu de l'iniquité. Je ne connais, pour moi, d'autre argent du bon Dieu que les trente deniers au prix desquels on le vendit, et qui servirent ensuite à ouvrir l'auberge de la mort; c'est Haceldama, le champ du sang, la sépulture des étrangers.

—Que dites-vous donc à votre tour, mon père? Quoi! l'argent appartient au diable! Mais n'est-ce pas l'argent qui paye la pompe des églises et les sacrements qu'on y donne? car s'il est défendu de vendre les sacrements, on les donne gratuitement à ceux qui font volontairement quelque aumône à la sainte Église. Or, afin que les fidèles ne soient pas embarrassés, les tarifs sont fixés d'avance, et tout se fait pour la gloire de Dieu.

—Je n'en disconviens pas; car, en ma qualité de théologien ordinaire du pape, je suis avant tout l'enfant soumis de l'Église. Judas a été un grand criminel de vendre son Maître, parce que l'Église infaillible n'avait pas encore autorisé ce commerce. Il exerçait sans lettre patente. D'ailleurs, maintenant, comme vous dites, on ne vend plus Jésus-Christ, on le donne pour de l'argent, et c'est bien différent; et puis, à cet échange tout généreux, c'est la sainte Église qui perd, puisque l'argent n'est que fumier du diable, pour lequel elle nous donne le bon Dieu et toutes ses grâces.

—Vous dites bien, maître Hypothadée; oh! que vous dites bien! Partant, vais-je donner certainement tout mon argent aux bons moines, puisque l'argent n'est que fumier de Satanas: la question n'était que de savoir si, pour mon salut, volontiers ils se feraient les palefreniers du diable. Frère Macé m'a déjà rassuré sur ce point.

—Voyez la charité du saint homme! Mais ne craignez-vous pas d'en abuser, messire Thomas? Est-il charitable, encore une fois, de mettre son prochain en péril? N'avez-vous pas peur que cet argent ne pèse sur la conscience du frère Macé?

—Oh! tant s'en faut; qu'au contraire il acceptera volontiers pour son couvent, non-seulement tout mon argent comptant, mais encore la Devinière et jusqu'au revenu de l'auberge de la Lamproie; il assure que plus le couvent devient riche de biens, plus les frères sont pauvres d'esprit, et que c'est là réellement ce que le Sauveur recommande.

—Frère Macé est, à ce que je vois, un connaisseur en fait de pauvretés d'esprit. Il aime mieux que les moines se grisent que de penser à mal, et il tire merveilleusement la conclusion de l'argument qui bene bibit bene dormit. Revenons à votre neveu: le voilà donc bel et bien déshérité?

—Et c'est juste, n'est-ce pas? un ivrogne!

—Un débauché!

—Oui, qui séduit les petites filles.