—Certainement, dit Hypothadée, et prenant sur le prie-Dieu auprès du lit deux gros livrer reliés en parchemin gothique, il mit dans l'un la donation faite précédemment de tous les biens du vieux Thomas aux moines de Seuillé, et dans l'autre l'écrit en faveur du fils de Violette, signé par Rabelais le père et contre-signe par Macé Pelosse.
—Respect à l'Ancien Testament, dit-il en présentant le premier volume au procurateur de Seuillé, nous croyons l'honorer comme il le mérite, en le remettant entre vos mains. Quant à nous, le Nouveau Testament nous suffit, ajouta-t-il en remettant le second volume avec l'écrit qu'il contenait, entre les mains de Violette.
Frère Macé, se doutant un peu tard de quelque chose, ouvrit précipitamment la Bible qu'on venait de lui remettre: le premier testament de Thomas Rabelais en tomba, à la stupéfaction du moine. Les éclats de rire des assistants lui firent deviner tout le reste. A cette vue, à cette pensée, il oublie toutes ses douleurs; il se lève, il verdit, ses yeux jettent des flammes; il ne sait à qui s'en prendre d'abord: maître Thomas est effrayé d'avance du sermon que son ancien confesseur va faire.
—Frère Jean, vous m'avez trompé! s'écrie enfin Pelosse avec explosion…
Mais, à ce premier mot, il s'arrête, il se tord, il se replie sur lui-même.
—Ah! je suis empoisonné, s'écrie-t-il d'une voix qui sort à peine du gosier.
—Vous ne l'êtes pas seul, dit frère Jean en faisant mine de se boucher le nez, et c'est moi-même qui me serai trompé, quand j'ai cru tout à l'heure vous avoir fait changer de linge.
—Emmenez-le! emmenez-le! cria tout le monde tout d'une voix.
—Maintenant, dit maître François ou maître Hypothadée, comme nous voudrons l'appeler, ouvrons à notre tour le livre que nous avons choisi, et faisons une petite lecture.
Ouvrant alors le volume à l'endroit qu'il avait marqué en y glissant l'extrait de baptême du petit François, il lut avec une voix distincte et les plus douces inflexions l'histoire de l'enfant prodigue. Le vieux Rabelais l'écoutait attentivement, et essuya même une larme qui glissait au coin de son oeil.