AMALFI
Dessin de Taylor, d'après une photographie de H. Hautecoeur.
En remontant la vallée du Sarno, au sortir de Nocera, la contrée est toujours fort populeuse jusqu'à la base des Apennins; San Severino, Solofra se succèdent dans la direction des hauts vallons qui s'ouvrent au pied du monte Termino; au nord, une autre chaîne de villages se prolonge vers la ville d'Avellino, aux champs tout bordés de haies d'aveliniers, qui ont pris leur nom de la cité, fort importante comme lieu d'échanges entre la montagne et la plaine; mais les grandes agglomérations d'habitants se trouvent dans le large détroit de la «Campagne Heureuse», qui s'étend vers le nord-ouest entre le Vésuve et le Monte Vergine. Sarno, qui porte le nom de la rivière, quoiqu'il ne soit pas situé sur ses bords, est un centre agricole d'une grande importance, non-seulement pour les céréales, les vins, les fruits, les légumes, mais aussi pour les soies gréges et les cotons; Palma est aussi entourée des campagnes les plus fertiles; Ottajano, la ville d'Octave, située sur les premières pentes de la Somma Vésuvienne, a ses vins excellents; Nola, où mourut Auguste, où naquit Giordano Bruno, montre aussi d'admirables cultures, mais elle doit sa principale célébrité aux beaux vases grecs trouvés dans ses ruines et aux débris de ses anciens monuments, dont l'un était un amphithéâtre de marbre, plus grand que celui de Capoue.
L'antique métropole de la Campanie, la célèbre Capoue, qui fut la rivale de Rome et qui compta jusqu'à un demi-million d'habitants dans ses murs, est fort déchue de sa prospérité; son nom même ne lui appartient plus, puisque la moderne Capoue, forteresse maussade, bâtie sur un méandre du Volturne, est l'ancienne Casilinum des Romains. La ville de Santa-Maria Capua Vetere, qui a succédé à la véritable Capoue, n'a d'autres «délices» que celles d'une vaste et populeuse bourgade; mais on visite aux environs les belles ruines d'un amphithéâtre, un arc triomphal et d'autres débris de l'immense cité. C'est au sud, dans le voisinage de Maddaloni et d'Aversa, grandes villes incohérentes, véritables faubourgs satellites de Naples, qu'est aujourd'hui le principal lieu de plaisance de la Campanie, la ville de Caserta, au palais immense, aux parcs ombreux, aux vastes jardins ornés de statues et de jets d'eau. C'était naguère le «Versailles» des Bourbons napolitains, et le faux goût de la décoration à outrance s'y mêle trop à la beauté des grandes lignes et des perspectives. L'aqueduc de Maddaloni, qui lui amène les eaux d'une distance de 40 kilomètres, traverse la vallée sur un pont splendide, à trois rangées d'arcades superposées, contruit au milieu du siècle dernier par Vanvitelli. C'est un des chefs-d'oeuvre de l'architecture moderne.
Au nord de Capoue et des passages du Volturne, la grande voie historique de Naples à Rome se bifurque. Une route, non encore complétée par un chemin de fer, se détourne vers le littoral pour éviter les escalades de montagnes; l'autre route, que longe et croise tour à tour une voie ferrée, contourne le volcan de Rocca Monfina, pénètre dans la vallée du Garigliano et de son affluent le Sacco, pour gagner la base occidentale du volcan du Latium, d'où elle descend à Rome. La route du littoral, coupée de défilés fameux, est historiquement la plus célèbre. Elle passe d'abord non loin de Sessa, l'antique cité des Auronces, qui avaient placé leur acropole dans le cratère même de Rocca Monfina; puis, se rapprochant de la mer, à cause du voisinage des montagnes, elle traverse le Garigliano, que bordent encore des terres insalubres, restes des marais de Minturnes, et s'engage dans le défilé de Mola di Gaeta, qui a pris officiellement le nom de Formia, pour rappeler l'antique Formiæ, où séjourna et mourut Cicéron. C'est de là qu'en venant de Rome se montre l'admirable tableau de la Campanie et de tout le golfe de Gaëte avec le groupe des îles volcaniques de Ponza, Ventotiene et la lointaine Ischia. Gaëte, la forteresse qui défend l'entrée du paradis napolitain, est bâtie sur le Monte Orlando, colline au sommet péninsulaire que domine le mausolée de Munatius Plancus, fondateur de Lyon; ce cône, qui rappelle la forme du Monte Argentaro et du promontoire de Circé, est rattaché à la terre ferme par un isthme de 280 mètres de large. Bien abrité des vents d'ouest et du nord, le port de Gaëte est l'un des plus fréquentés du Napolitain pour le cabotage et la pêche; son mouvement annuel est de plus de 3,000 navires et d'environ 120,000 tonneaux; mais c'est comme ville de guerre que Gaëte eut longtemps le plus d'importance. C'est là que, par la reddition de François II en 1861, s'éteignit le royaume des Deux-Siciles.
La voie orientale de Naples à Rome possède également pour lieux d'étapes des villes d'une certaine importance. La principale est San Germano, dont le nom a été récemment changé en celui de Cassino, en l'honneur du fameux couvent de Mont-Cassin, qui s'élève au nord-ouest, sur une esplanade d'où l'on contemple un horizon grandiose de montagnes et de vallées. C'est le célèbre monastère que fonda saint Benoît au commencement du sixième siècle, et dont la règle devint le modèle de tous les couvents de l'Église d'Occident. Nul groupe de religieux n'exerça plus d'influence que les bénédictins du Mont-Cassin sur l'histoire du catholicisme; aux temps de leur puissance, leurs domaines, situés dans toutes les parties de l'Italie, auraient pu former un royaume; un grand nombre de papes et des milliers de prélats sont sortis de leurs rangs. La bibliothèque du Mont-Cassin renferme des manuscrits précieux, des diplômes importants, des éditions rares, que viennent souvent consulter les érudits. La mémoire des services rendus jadis à la science par les bénédictins a valu au couvent de Cassino, comme à celui de la Cava et à la chartreuse de Pavie, l'avantage d'être épargné par les lois de suppression.
Il n'y a que peu de villes considérables dans la région montagneuse de l'intérieur du Napolitain. Dans le bassin du haut Liri, au sud des montagnes du Matese, la localité la plus populeuse et la plus célèbre est Arpinum, de nos jours Arpino, la patrie de Cicéron et de Marius, l'antique forteresse dont les murs cyclopéens ont été «construits par Saturne». Bénévent, jadis enclave des États de l'Église, est la cité centrale de tout le bassin du Calore, principal affluent du Volturne, et se trouve au point de jonction naturel des routes qui convergent des provinces de Molise, de la Capitanate et de la Pouille à travers l'Apennin. Plus ancienne que Rome, l'antique Maleventum prit le nom de Beneventum, sans doute afin de se rendre le sort plus favorable; mais, pendant sa longue histoire, elle eut bien des siéges et des destructions, complètes ou partielles, à subir, et souvent les secousses des tremblements de terre ont achevé l'oeuvre de démolition commencée par les hommes. Il ne reste à Bénévent qu'un seul grand édifice de son passé, le bel arc de triomphe où des bas-reliefs symboliques rappellent les prêts hypothécaires faits par Trajan à la petite propriété. Les murs qui enceignent la ville sur un espace de plus de 5 kilomètres, sont construits presque en entier des fragments de monuments anciens.
A l'est de Bénévent, Ariano, située également dans le bassin du Volturne, sur trois collines d'où l'on contemple un horizon magnifique, des sommets souvent neigeux du Matese au cône du Vultur, est à peu près à moitié chemin de Naples à l'Adriatique, sur la voie ferrée de Foggia, et par sa position même est un intermédiaire naturel de commerce entre les deux versants; Campobasso, chef-lieu de la province de Molise, est aussi un lieu d'échanges naturel entre les deux côtés de l'Apennin, mais elle n'a pas les avantages de trafic que donne un chemin de fer.
Sur le versant de l'Adriatique, les centres de commerce sont plus nombreux et plus actifs. Foggia, où convergent quatre chemins de fer et plusieurs routes maîtresses, est un grand marché de denrées; par l'importance et la richesse, mais non par la population, c'est la deuxième cité de tout le Napolitain. Dans la même plaine agricole de la Pouille, plusieurs villes servent de satellites à Foggia: San Severo, Cerignola, Lucera, qui fut si puissante et si riche au treizième siècle, quand les Sarrasins exilés de Sicile par Frédéric II en eurent fait le siége de leur industrie; mais, en dépit de l'invitation que le golfe si gracieusement recourbé de Manfredonia fait au commerce, Foggia et ses voisines manquent de débouchés directs vers la mer; des lagunes insalubres bordent tout le littoral sur un espace de plus de 50 kilomètres, entre Manfredonia et la bouche de l'Ofanto, la seule rivière du littoral qui ait toujours un peu d'eau, même au coeur de l'été. La bonification de ces maremmes est une des oeuvres qu'il est le plus urgent de mener à bonne fin pour assurer à l'Italie méridionale la libre exploitation de ses immenses richesses naturelles. La plus grande des lagunes, le marais de Salpi, qui occupait toute la zone côtière, entre la bouche du Carapella et celle de l'Ofanto, a été réduite de moitié par les alluvions empruntées à ces deux rivières; mais, tant que le nouveau sol ne sera pas affermi et mis en culture, des miasmes mortels ne cesseront de s'en échapper. A l'extrémité orientale du marais se trouvent les ruines de l'antique Salapia.