[Note 107: ][ (retour) ] Mouvement du golfe de Naples:
Naples(1804) 10,694 navires, 1,496,500 tonnes.
» (1873) 9,135 jaugeant 1,976,450 »
Castellamare di Stabia (1873) 4,795 » 327,300 »
Ensemble du golfe, d'Ischia à Capri 21,066 » 2,644,450 »
Une des gloires de Naples est son université. C'est l'une des plus anciennes de l'Italie, puisqu'elle a été fondée dans la première moitié du treizième siècle, mais elle a passé par des périodes d'une décadence absolument honteuse. Tout récemment, alors que les recherches d'archéologie et de numismatique étaient les seules qui ne fussent pas soupçonnées de tendances révolutionnaires, l'université n'était plus guère, pour la plupart de ses élèves, qu'un lieu de dépravation intellectuelle; mais la renaissance des études s'est opérée avec un merveilleux élan. Ce fut comme une sorte d'explosion. Les jeunes Napolitains, d'une intelligence avide, se précipitèrent sur la science comme des faméliques, et bientôt l'éloquence naturelle aux méridionaux aurait pu faire croire que Naples était le plus grand foyer d'études du monde entier. Quoi qu'il en soit, les deux mille étudiants qui fréquentent chaque année l'université napolitaine ne peuvent manquer de donner une impulsion considérable au mouvement des idées.
Naples possède aussi, pour l'instruction de l'Italie et du monde, un admirable musée d'antiquités, marbres, bronzes, inscriptions, médailles, camées, papyrus; mais elle a le musée, bien plus précieux encore, que lui donnent les ruines de Pouzzolles, de Baïes, de Cumes, et ses catacombes à deux ou trois étages, creusées dans le tuf des collines qui dominent la cité du côté du nord, et non moins curieuses que celles de Rome par leurs figures et leurs inscriptions; elle a surtout la ville romaine de Pompéi, déblayée de toutes les cendres du Vésuve, qui la moulaient depuis dix-sept siècles. Sans les fouilles de Pompéi et d'Herculanum, toute une branche de l'art antique, la peinture, nous serait à peine connue. Et ce n'est pas seulement la ville morte, avec ses rues de maisons et de tombeaux, ses temples, ses amphithéâtres, ses palais aux admirables mosaïques, ses forums, ses boutiques, ses lieux de réunion, que l'on a fait ressusciter après une si longue disparition, c'est la vie elle-même de la société provinciale romaine que l'on a retrouvée en la prenant pour ainsi dire sur le fait. Les inscriptions charbonnées sur les murs et sur les tablettes de cire, les diverses besognes interrompues par les malheureux que surprit la catastrophe, les cadavres momifiés dans l'attitude de la fuite, du travail ou du vol, nous font assister au moment précis du drame. Aucune ville au monde, parmi toutes celles que les sables des dunes, les cendres volcaniques ou les boues des inondations ont recouvertes et que l'industrie de l'homme a dégagées plus tard, ne présente un contraste plus saisissant entre la vie de toute une population et la mort qui la saisit brusquement. Et pourtant nous ne connaissons encore qu'une partie des curiosités que les cendres et les laves du Vésuve ont voilées tout en les conservant intactes. Depuis plus d'un siècle que l'on travaille au dégagement de Pompéi, la moitié de la ville seulement a été rendue à la lumière; Herculanum la grecque, sur laquelle la lave solide a étendu un couvercle de pierre de vingt mètres d'épaisseur, et qui porte maintenant les maisons et les villas de Resina, de Portici et d'autres faubourgs de Naples, n'a permis d'entrevoir qu'une faible part de ses précieux mystères, et les nouvelles fouilles n'y ont pas été poussées avec assez d'activité pour donner des résultats bien sérieux; enfin, Stabies, qui dort près du rivage marin, sous la ville de Castellamare, garde encore presque en entier le secret de ce qu'elle fut jadis.
Des villes populeuses et très-rapprochées les unes des autres forment tout un cortége à la cité de Naples, et lui disputent le premier rang pour la beauté de la vue. Autour de la baie, sur la plage méridionale, ce sont les célèbres Portici, Resina, Torre del Greco, Torre dell' Annunziata, Castellamare et la molle Sorrente, au climat délicieux, aux villas charmantes, regardant les flots du milieu de leurs bois d'oliviers. Au large du cap Campanella, et en face des îles volcaniques d'Ischia et de Procida, qui dominent l'autre extrémité de la baie, se dressent les parois abruptes de l'île Capri, pleine encore des souvenirs de l'effroyable Tibère, le Timberio des indigènes. Au sud de cette âpre montagne calcaire, d'aspect sicilien, où croissent, dans les fissures de la pierre, toutes les plantes de l'Europe du Midi, se déroulent les rivages d'un autre golfe, gardé à l'entrée par les îlots des Sirènes qui tentèrent en vain d'ensorceler le sage Ulysse. Ce golfe est à peine moins beau que celui de Naples; ses rivages ne sont pas moins fertiles, et pourtant aucune des trois cités qui lui ont successivement donné leur nom, Paestum, Amalfi, Salerne, n'a pu garder sa prééminence. Amalfi, la puissante république du moyen âge, dont les pratiques commerciales étaient devenues le code de tous les marins, n'est plus qu'une bourgade délaissée, abritant quelques balancelles dans sa crique rocheuse; mais elle a les admirables sites des baies voisines et, dans un charmant vallon des alentours, la vieille cité mauresque de Ravello, presque aussi riche que Palerme en monuments d'architecture arabe. Salerne, encore mieux située qu'Amalfi, puisqu'elle est au débouché des chemins de la vieille Campanie, a beau se vanter, dans sa légende, d'avoir été bâtie par un fils de Noé; elle a beau avoir été choisie, comme capitale de leurs domaines, par les chevaliers normands qui s'étaient emparés de la contrée au onzième siècle, elle est fort déchue de l'antique splendeur que lui donna Robert Guiscard. Son université, jadis la plus fameuse de l'Europe par ses professeurs de médecine et l'héritière directe de la science arabe, se tait depuis des siècles, et Salerne n'a plus le moindre titre à se glorifier du nom de «Ville hippocratique», mais du moins ambitionne-t-elle toujours de se relever par le commerce et l'industrie. Elle ne demande qu'un brise-lames et des jetées pour devenir la rivale heureuse de Naples. Les habitants aiment à répéter le proverbe local:
Que Salerne ait un port,
Celui de Naple est mort!
C'est vers l'extrémité méridionale de la plage rectiligne qui se prolonge au sud-est de Salerne que se trouvait l'ancienne dominatrice du golfe, Paestum ou Posidonie, la ville de Neptune, fondée à nouveau par les Sybarites, après avoir été occupée depuis un temps immémorial par les Tyrrhéniens. Paestum, la «cité des roses», chantée par les poëtes romains à cause de ses belles sources, de ses ombrages, de son doux climat, a cessé d'exister depuis l'invasion des Sarrasins, en 915; jusqu'au milieu du siècle dernier, ses ruines mêmes n'étaient connues que des pâtres et des brigands, et pourtant il en est peu de plus intéressantes en Italie, car elles datent d'une époque antérieure à la puissance de Rome; ses trois temples, dont le plus beau est celui dit de Neptune, parce que le sanctuaire du dieu ne pouvait manquer d'être le principal monument dans la ville de Poseidon, sont parmi les plus majestueux de l'Italie continentale, surtout à cause de la solitude qui les entoure et de la mer qui vient déferler près de leur base. Mais lors même que des bandits ne rôdent pas dans le voisinage de la route, ce n'est pas sans danger que l'on peut aller contempler cet édifice, car, autour de Paestum et de sa superbe enceinte de cinq kilomètres de longueur, si bien conservée, s'étendent des terrains marécageux, où les travaux de «bonification» sont encore loin d'être achevés; c'est avec difficulté que, sous un air aussi insalubre, les fouilles entreprises pourront être menées à bonne fin.
De Sorrente à Naples, dans les campagnes qui séparent le Vésuve des premiers contre-forts de l'Apennin, la chaîne des villes et des villages est presque aussi continue que sur les bords du golfe, entre le cap Misène et le cap Campanella. En montant de la petite ville de Vietri, faubourg avancé de Salerne, qui groupe ses vieilles constructions au bord d'un étroit ravin, la route et le chemin de fer s'élèvent par une brèche des collines vers l'ombreuse Cava, aux villas délicieuses, séjour d'été favori des visiteurs étrangers et des riches Napolitains. De Cava, célèbre dans le monde des antiquaires par les archives d'un couvent voisin, la Trinità della Cava, très-riche en parchemins et en diplômes, on descend dans la plaine du Sarno, où se succèdent plusieurs villes: Nocera, lieu de villégiature des anciens Romains; Pagani, encore située dans la région des bois; Angri, qui utilise le coton de ses campagnes dans ses propres filatures; Scafati, plus industrieuse encore. Mais déjà l'on approche de la banlieue de Naples; on aperçoit près de là Pompéi, la ville de Torre dell' Annunziata, et sur les pentes méridionales du Vésuve la ceinture semi-circulaire de maisons que forment Bosco Tre Case et Bosco Reale. Quelques savants croient reconnaître chez les habitants de Nocera et des villes voisines les traces du sang arabe et berbère laissé par les vingt mille Sarrasins qu'y établit l'empereur Frédéric II.