Altitude. Superficie. Population en 1871.
Malte 150 m. 273 kil. car. 124,400 habitants.
Gozzo et Comino 170 » 97 » 17,400 »
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370 kil. car. 141,800 et 5,000 soldats.
Malte n'est pas, au point de vue politique, une simple possession de l'Angleterre: elle a son administration et sa législation spéciales. Le gouverneur civil et militaire, nommé par la Grande-Bretagne, exerce le pouvoir exécutif et jouit du droit de grâce; il est assisté par un conseil de sept membres qui prépare et vote les lois. Dans chaque district réside un lord-lieutenant, choisi parmi les nobles maltais; des députés, que désigne le pouvoir, administrent chaque village. La justice est exercée par des cours ordinaires et des tribunaux supérieurs; les débats ont lieu en langue italienne et les actes judiciaires sont rédigés dans le même idiome, si ce n'est à la cour suprême, où l'usage de l'anglais est introduit depuis 1823.
Le budget de l'île, d'environ 4 millions de francs par an, est loin de suffire aux dépenses militaires; mais le gouvernement anglais y pourvoit aux frais du trésor national.
Le culte général est celui de la religion catholique. L'évêque de Malte, qui porte en même temps le titre d'archevêque de Rhodes, est nommé par le pape et possède un revenu de 100,000 francs par an; le choix de la plupart des titulaires de paroisse appartient au gouvernement anglais.
VIII
LA SARDAIGNE.
C'est un phénomène historique vraiment extraordinaire et bien fait pour humilier l'Europe civilisée, que l'abandon relatif dans lequel est restée jusqu'à nos jours cette grande et belle île de Sardaigne, si fertile, si riche en métaux, si admirablement située au centre de la mer Tyrrhénienne. Jadis, sous la domination punique, la Sardaigne était certainement beaucoup plus peuplée et plus productive qu'elle ne l'est de nos jours; les prodigieux massacres que racontent les historiens de Rome témoignent de la multitude des habitants qui vivaient autrefois dans la grande île. La décadence fut rapide et profonde. Elle s'explique en partie par la configuration de l'île, qui est fort escarpée et difficile d'accès du côté de l'Italie, d'où auraient pu venir les immigrants, tandis que du côté de la haute mer elle est bordée de marais et d'étangs insalubres. Mais la grande cause du sommeil historique dans lequel la Sardaigne s'est trouvée plongée pendant tant de siècles provient, non de la nature, mais de l'homme. Les divers conquérants qui succédèrent à Rome et à Byzance, Sarrasins, Pisans, Génois, Aragonais, maintenaient à leur profit un monopole absolu des produits de l'île, et de temps en temps les pirates barbaresques venaient opérer de soudaines descentes sur les points exposés du rivage. Aussi tard qu'en 1815, les Tunisiens débarquèrent dans l'île de Sant'Antioco, entre Iglesias et Gagliari, et tous les habitants en furent massacrés ou réduits en esclavage. Ces diverses causes ayant peu à peu dépeuplé le littoral, les Sardes se retirèrent dans les plaines de l'intérieur et les vallées des montagnes; opprimés par les coutumes féodales, ils vivaient isolés du reste du monde, comme si leur île eût été, non dans la Méditerranée d'Europe, mais au milieu de quelque océan lointain. A peine depuis une génération, la Sardaigne commence à entrer par ses progrès et sa culture dans le concert des autres provinces d'Italie.
Presque aussi grande que la Sicile [126], quoique celle-ci ait une population quadruple, la Sardaigne est géographiquement plus indépendante de la péninsule italienne, et les mers creusent entre elle et le continent africain un gouffre presque océanique s'étendant de 500 à 1000 mètres au-dessous de la surface marine. Elle constitue avec la Corse un groupe d'îles jumelles, séparé de l'archipel toscan par un bras de mer assez étroit et dont la plus grande profondeur est de 310 mètres. Au point de vue géologique, la Corse et une partie considérable de la Sardaigne sont une même terre; elles présentent les mêmes formations, et les îlots, les rochers, les écueils semés dans les «bouches» de Bonifacio sont bien les débris d'un isthme que la mer a rompu. Mais si les deux îles se rattachaient l'une à l'autre, par contre l'étude des terrains fait croire qu'à une époque peut-être récente la Sardaigne se composait de plusieurs îles distinctes. La principale continuait au sud la chaîne montagneuse de la Corse; les autres étaient éparses à l'ouest, au bord de détroits peu profonds que des alluvions, les déjections volcaniques et peut-être une poussée souterraine ont graduellement exhaussés. La forme de sandale qui a valu à la Sardaigne son ancien nom grec d'Ichnousa est donc toute fortuite, puisque l'île se compose géologiquement de plusieurs terres distinctes. Le sillon intermédiaire qui les sépare a été de tout temps le chemin naturel entre le golfe de Cagliari et la mer de Corse, et c'est là que passent maintenant la grande route longitudinale et la voie ferrée non encore terminée, qui lui est parallèle.