[Note 162: ][ (retour) ] Altitudes, d'après Coello, des massifs orientaux du bassin du Guadalquivir:
Calar del Mundo............ 1,657 mètres.
Yelmo de Segura............ 1,806 »
Sierra Sagra............... 2,398 »
Les arêtes qui se dressent au sud de ce plateau angulaire de l'Espagne affectent uniformément la direction de l'est à l'ouest, et commencent à limiter la partie méridionale du bassin de la Bétique. Les sierras de María et de las Estancias, celle de los Filabres, fameuse par ses montagnes de marbre blanc, se succèdent du nord au sud en remparts parallèles, contournés à l'occident par les affluents du Guadalquivir. A l'orient, elles sont nettement séparées les unes des autres par les cours d'eau qui descendent à la Méditerranée; mais à l'ouest les deux chaînes les plus méridionales se rapprochent et se confondent en un même massif, la sierra de Baza, qu'un isthme peu élevé, aux pentes étrangement ravinées, rattache à la haute citadelle de la sierra Nevada, point culminant de la Péninsule.
Cette énorme masse, en grande partie composée de schistes, qui traversent des roches de serpentine et de porphyre, paraît d'autant plus élevée, qu'elle se dresse sur une base plus étroite; de l'est à l'ouest, du Monte Negro au Cerro Caballo, elle a seulement 80 kilomètres de longueur, et du nord au sud, de l'une à l'autre plaine, sa largeur n'atteint même pas 40 kilomètres. Dressées comme d'un seul jet, les montagnes présentent de toutes parts des escarpements difficiles à gravir, et partout on peut voir les zones de végétation se succéder régulièrement sur les pentes jusqu'à la région des névés persistants que dépassent les trois cimes de Mulahacen, du Picacho de la Veleta, d'Alcazaba. Au-dessus des premiers soubassements, revêtus de vignes et d'oliviers, les déclivités, trop déboisées, sont ombragées çà et là de noyers, de châtaigniers, puis de chênes d'espèces diverses, au delà desquels se montre la verdure pâle des gazons, recouverte de neige pendant une moitié de l'année. Dans les creux bien abrités, surtout dans ceux du versant septentrional, des amas de neige sont les glacières naturelles que louent les habitants de Grenade et où ils envoient des neveros pour s'approvisionner de neige pendant l'été: on donne à ces névés le nom de ventisqeros, à cause de la tourmente ou ventisca qui souvent en fait tourbillonner en nuages les innombrables aiguilles. Un de ces amas, emplissant le cirque ou corral de la Veleta, qui s'ouvre entre les deux sommets de Mulahacen et du Picacho, s'est transformé en un véritable glacier de 60 à 100 mètres d'épaisseur et tout bordé de moraines. Ce champ de glace, qui donne naissance à la source principale du Genil, est le plus méridional de l'Europe et peut-être le seul de l'Espagne péninsulaire, au sud de la chaîne pyrénéenne; quelques petits lacs épars çà et là à plus de 3,000 mètres d'altitude témoignent du passage d'anciens glaciers disparus depuis une époque inconnue. Les neiges fondantes de la sierra Nevada donnent aux campagnes des vallées et des plaines environnantes une exubérance prodigieuse de végétation. C'est à elles, aux ruisseaux gazouilleurs qui en découlent que la Vega de Grenade, chantée par tous les poëtes, doit la richesse de sa verdure, l'éclat de ses fleurs, l'excellence de ses fruits. C'est aussi à l'abondance de ses eaux que la vallée, plus belle encore, de Lecrin, à la base des pentes méridionales du Picacho de la Veleta, doit son nom de «Vallée d'Allégresse» et de «Paradis de l'Alpujarra».
LA SIERRA NEVADA, VUE DE BAZA.
Dessin de Taylor, d'après H. Regnault.
Dans ces montagnes, chaque nom, chaque légende, rappelle le séjour des Maures. Le sommet principal, le Mulahacen (Muley-Hassan), est encore l'homonyme d'un de leurs princes; le Picacho de la Veleta est la cime où ils allumaient leurs feux de signal pour avertir les populations de l'Andalousie musulmane de l'approche des chrétiens; l'Alpujarra ou mont des Pâturages est l'ensemble des contre-forts méridionaux, où ils menaient leurs brebis. Depuis que les Maures ont été presque tous chassés ou exterminés, après une sanglante guerre qui dura jusque vers la fin du seizième siècle, les colons de la Galice et des Asturies qui reçurent les terres conquises sont pour la plupart restés dans un état de véritable barbarie; ils ne sont en rien les supérieurs des Maures convertis qui obtinrent à pris d'argent le privilège de rester à Ujijar, la capitale de l'Alpujarra. Ni les uns ni les autres ne se sont guère donné la peine d'exploiter les richesses de ces belles montagnes, qu'entouré une ceinture de despoblados; ils se sont bornés à en dévaster les forêts. C'est à une époque toute récente que les visiteurs de Grenade ont ajouté les sommets de la sierra Nevada au nombre de ces buts d'escalade que se sont donnés les membres des divers clubs alpins. Il est vrai qu'à bien des égards les monts de la sierra Nevada ne sont comparables ni aux Alpes, ni même aux Pyrénées. Quoique supérieurs à ces dernières en altitude, ils occupent une trop faible étendue pour offrir la même diversité de contrastes, les mêmes oppositions de roches, de climats, de paysages. Mais ils ont la grâce de leurs basses vallées, l'aspect sauvage de leurs défilés de l'Alpujarra, taillés comme au ciseau dans l'épaisseur des roches; ils ont surtout l'admirable panorama que l'on contemple de leurs cimes.
Déjà les voyageurs célèbrent comme d'une merveilleuse beauté le tableau que l'on a sous les yeux quand on gravit les contre-forts occidentaux de la sierra, par le chemin qui mène à l'Alpujarra; au delà d'Alhendin, perchée sur un rocher sauvage, on montre l'endroit précis où, suivant la légende, Abou-Abdallah ou Boabdil, fugitif, se serait retourné pour contempler une dernière fois et pour pleurer les belles campagnes de la Vega, les tours et les palais de Grenade, tout cet ensemble si beau de villes, de cultures, de montagnes qui avait été son royaume et qu'il ne devait plus revoir: telle l'origine du nom de «Dernier Soupir du Maure» (Ultimo Suspiro del Moro) ou de «Côte des Larmes» (Cuesta de las Lagrimas) que les Espagnols donnent au col d'Alhendin. Mais du haut des sommets de la chaîne combien le spectacle est encore plus grandiose et plus étendu! Du Picacho de la Veleta la vue n'est peut-être pas moins belle que du sommet de l'Etna. On voit à ses pieds tout le midi de l'Espagne, avec ses riches vallées d'irrigation, ses âpres rochers, ses solitudes rousses, rendues vaporeuses par l'éloignement, la noire muraille des monts de l'Estremadure et de la sierra Morena, qui bordent le plateau central. Au sud, d'autres montagnes jaillissent comme d'un abîme, mais le regard se sent attiré surtout vers la lisière verdoyante du littoral, vers la grande mer et le profil embrumé des monts de Barbarie, que l'îlot d'Alboran et le haut promontoire marocain de las Tres Horcas, situés précisément au sud de la sierra Nevada, semblent rattacher comme un reste d'isthme au continent d'Europe. Parfois, quand le vent souffle du midi, on entend distinctement le bruit des eaux grondantes.
Toutes les montagnes qui forment la cour des colosses grenadins sont de hauteur beaucoup plus modeste et sont en partie couvertes de débris erratiques apportés par les anciens glaciers de la sierra Nevada. Au nord, dans l'espace compris entre les vallées du Genil, du Guadiana Menor et du Guadalquivir, elles s'élèvent en désordre sur un plateau raviné, les unes semblables à des îles de rochers, comme le Jabalcon de Baza, les autres disposées en chaînes et s'orientant pour la plupart dans la direction de l'est à l'ouest et du nord-est au sud-ouest, parallèlement au littoral méditerranéen et à l'axe de la vallée du Guadalquivir: telles sont, au-dessus des plaines de Jaen, la sierra de Jabalcuz et la sierra Magina; telle est, plus au sud, la chaîne Alta-Coloma, que la route de Jaen à Grenade franchit au Puerto de Arenas, défilé semblable à celui du Despeñaperros par ses roches sombres, ses amas de blocs écroulés, ses escarpements en surplomb, ses redoutables précipices. Enfin, au-dessus même de Grenade, se prolonge la croupe de la sierra Susana, que continue à l'ouest le massif de Parapanda, le baromètre des cultivateurs de la Vega.
Cuando Parapanda se pone la montera,