[Note 169: ][ (retour) ] Mouvement du port de Gibraltar:
Année 1869.
Grands voiliers 2,742 nav. jaugeant 893,350 ton.
Petits voiliers 2,300 » 41,400 »
Bateaux à vapeur 3,894 » 2,521,900 »
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Totaux 8,936 nav. » 3,456,550 »
Année 1873.
Grands voiliers 2,028 nav. jaugeant 677,700 ton.
Petits voiliers 1,735 » 31,200 »
Bateaux à vapeur 5,268 » 2,712,900 »
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Totaux 9,031 nav. » 3,421,800 »
A l'exception de quelques fruits mûris dans les jardins qu'on a ménagés sur les talus de pierrailles, Gibraltar ne peut rien produire. C'est Tanger qui nourrit sa voisine d'Europe: viande, blé, proviennent en grande partie de la rive africaine du détroit, et nombre de négociants de la ville sont eux-mêmes des Marocains s'occupant du placement de leurs denrées. Mais, si les ressources propres manquent à la ville anglaise, elle s'en dédommage amplement par les profits qu'elle retire de son commerce de contrebande avec l'Espagne, consistant principalement en tabac, et du passage incessant des navires de guerre, des longs-courriers, des caboteurs. L'importance maritime de Gibraltar, déjà considérable, mais beaucoup moins grande que ne pourrait le faire supposer le mouvement extraordinaire de la navigation, serait bien supérieure, si le port n'était exposé aux vents du sud et du sud-ouest, même à ceux de l'est. Lorsque le temps est incertain, les navires de Gibraltar, aussi bien que ceux d'Algeciras, sont obligés de se réfugier à l'extrémité nord-orientale de la baie, dans la crique de Puente-Mayorga. Seulement un quart des navires qui passent le détroit s'arrête à Gibraltar; les autres n'y font qu'une escale temporaire sans se livrer à aucune opération commerciale. Les navires à vapeur, qui deviennent de plus en plus nombreux en proportion, à cause de la vitesse et de la régularité que le commerce exige désormais, n'entrent au port de Gibraltar que pour y prendre, dans les magasins flottants, la quantité de charbon qui leur est nécessaire, et les voiliers y relâchent pour attendre les ordres des armateurs ou le changement de vent. Environ les trois quarts du prodigieux tonnage des navires qui relâchent à Gibraltar appartiennent à l'Angleterre; l'Italie et la France se disputent le deuxième rang, et le pavillon espagnol, qui pourtant flotte en vue des côtes de la patrie, arrive seulement en quatrième ligne.
Malgré la beauté pittoresque de son rocher et la vue de la rade, Gibraltar est un séjour peu agréable, à cause de l'air fiévreux qui s'élève des marécages de l'île et plus encore à cause du régime strictement militaire qui règne dans la place. Les sujets anglais seuls ont le droit de s'y établir à demeure et d'y acquérir des propriétés. Les étrangers ne peuvent résider dans la ville que munis d'une autorisation spéciale, et les grandes autorisations ne peuvent s'obtenir qu'après quarante années de résidence. Les centaines d'Espagnols qui viennent chaque jour pour le marché sont tenus de se munir d'un permis en entrant dans la ville et doivent être sortis des murs d'enceinte avant le coup de canon du soir. De leur côté, les Anglais résidant à Gibraltar, que l'on désigne plaisamment sous le nom de «lézards du rocher» (lizards of the rock), se sentent un peu à l'étroit sur leur péninsule brûlante, et chaque ville, chaque village des environs, en reçoit sa petite colonie [170]. San Roque surtout est devenue presque anglaise à cause des immigrants de Gibraltar qui viennent y chercher pendant les chaleurs de l'été un air plus frais et plus salubre que celui de leur promontoire. Lors de la saison de la chasse, les montagnes de la contrée, fort riches en gibier, retentissent des coups de fusil tirés par les insulaires en villégiature.
[Note 170: ][ (retour) ] Population probable des villes principales de l'Andalousie:
Málaga 92,000 hab.
Séville (Sevilla) 80,000 »
Grenade (Granada) 65,000 »
Cádiz 62,000 »
Cordoue (Córdoba) 45,000 »
Linarès 40,000 »
Jerez 35,000 »
Antequera 30,000 »
Almería 27,000 »
Écija 24,000 »
Chiclana 22,000 »
Puerto Santa-María 18,000 »
San Fernando 18,000 »
Carmona 18,000 »
Jaen 18,000 »
Sanlúcar de Barrameda 17,000 »
Lucena 16,000 »
Osuna 16,000 »
Montilla 15,500 »
Ubeda 15,000 »
Velez-Málaga 15,000 »
Loja 15,000 »
Baeza 15,000 »
Utrera 14,000 »
Ronda 14,000 »
Motril 13,500 »
Baza 13,500 »
Velez Rubio 13,000 »
Montoro 12,000 »
Lebrija 12,000 »
Marchena 12,000 »
Aguilar 12,000 »
Baena 14,500 »
Cabra 11,500 »
Andújar 11,000 »
Arcos de la Frontera 12,000 »
IV
VERSANT MÉDITERRANÉEN DU GRAND PLATEAU, MURCIE ET VALENCE.
Les plateaux de l'intérieur de l'Espagne et les monts qui en forment le rebord s'abaissent du côté de la Méditerranée avec une déclivité rapide qui permet de changer de climat et d'horizon dans un petit nombre d'heures. Des âpres terres où le vent du nord apporte souvent les froidures, on descend dans les régions heureuses toujours réchauffées par le soleil. Au lieu de voir les eaux des rivières s'enfuir au loin vers l'Atlantique boréal, on aperçoit à ses pieds les flots resplendissants de la Méditerranée. Ces pentes tournées vers la mer d'Afrique, les plaines étroites qui s'étendent à leur base, les bastions de promontoires qui leur servent de point d'appui, constituent donc, par leur ensemble, une région naturelle tout à fait distincte du reste de l'Espagne. Il est vrai que les frontières administratives de Murcie et de Valence ne coïncident pas exactement avec les limites de la région naturelle; Murcie occupe une partie des plateaux qui appartiennent à l'Espagne centrale: d'autre part, la province aragonaise de Teruel empiète sur les vallées dont les eaux s'épanchent sur le territoire de Valence; mais, si l'on considère surtout la population, on reconnaît qu'elle s'est amassée dans le voisinage du littoral, tandis que les escarpements supérieurs sont presque déserts. La zone vivante des deux provinces est précisément indiquée par les traits du relief géographique [171].
Superficie. Population en 1870. Popul. kilom.
Murcie 32,497 kil. carrés. 1,100,510 hab. 34
Valence 17,608 » 961,360 » 56
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50,105 kil. car. 2,061,870 hab. 41