Murcie. Alicante. Valence.
Température moyenne, d'après Coello (?) 20°,7(?) 19°,7(?)
Pluies moyennes 0m,362 0m,427 0m,446
Journées de pluie 63 48 45
Entre Almería et Carthagène, la moyenne de l'humidité tombée est d'une vingtaine de centimètres à peine; dans les campagnes d'Alicante et d'Elche, elle est peut-être un peu plus abondante; Murcie, située à la base de montagnes qui arrêtent les vents pluvieux au passage, Valence, bâtie sur la concavité d'un golfe déjà tourné vers l'est et le nord-est, ont des pluies plus considérables; mais la moyenne d'un demi-mètre est peu de chose pour un climat presque tropical, d'autant plus qu'une partie de l'eau tombée s'évapore aussitôt; seulement un faible excédant trouve son chemin vers la mer par les sinuosités des pierreuses ramblas. Répartie sur toute la superficie du versant méditerranéen, cette quantité d'eau serait tout à fait insuffisante: l'air avide de vapeurs l'aurait bientôt bue en entier. Si la culture est possible et même d'un admirable produit dans certaines campagnes du littoral, c'est qu'elles se trouvent situées sur le parcours des fleuves, où coule le reste des eaux de pluie. Mais que de terrains naturellement fertiles par la composition du sol et cependant condamnés à la stérilité à cause du manque de l'humidité nécessaire! Entre Carthagène et Murcie, les paysans labourent des champs qui ne produisent en moyenne que chaque troisième année, à cause de la rareté des pluies. Des deux côtés de la zone riveraine du Segura s'étendent de véritables steppes, des régions restées salines à cause du manque d'eau qui les nettoie et les féconde: ainsi que le dit un voyageur, les campagnes de Carthagène ont «la végétation d'un four à chaux». Sur un espace que l'on peut évaluer à 500 kilomètres, en suivant toutes les sinuosités du littoral d'Almería à Villajoyosa, les campos de la côte sont tous infertiles et nus, si ce n'est dans de rares oasis et aux bords des cours d'eau permanents ou temporaires: à la base des roches triasiques, où se trouvent des bancs considérables de sel gemme, les sources salines ou magnésiennes s'amassent en lacs qui se dessèchent en été, laissant sur le sol une étendue blanche de cristaux: tel est le lac de Petrola ou de «Sel Amer», qui ne laisse en été qu'une couche de sulfate de magnésie. De même les étangs marins des environs d'Orihuela, qui fournissent le meilleur sel des provinces du littoral méditerranéen, se recouvrent au mois d'août d'une croûte si épaisse de sel rose, qu'on la découpe à la hache.
Ces rivières bienfaisantes, dont les eaux se changent en séve pour les plantes des huertas, ou jardins, de leurs rivages, sont le Segura, le Vinalapo, le Júcar, le Guadalaviar, appelé aussi Túria dans son cours inférieur, le Mijares et d'autres rios secondaires. Ces petits fleuves se ressemblent tous d'une manière remarquable par l'âpreté de leurs hautes vallées, par l'aspect sauvage, effrayant de leurs défilés. Le Segura traverse plusieurs chaînes de montagnes avant d'entrer dans la plaine de Murcie et descend ainsi de gradin en gradin par autant de portes de rochers, d'une hauteur moyenne de trois à quatre cents mètres; son affluent majeur, le Rio Mundo, naît dans un amphithéâtre pareil à celui de Gavarnie par sa cascade plongeant en trois bonds successifs, puis il a dû, comme le Segura, tailler son lit à travers les monts, et, précisément au-dessus de sa jonction avec le fleuve principal, il passe dans un étroit cañon de roches rouges et verticales, d'un caractère grandiose. Le Júcar, le Guadalaviar (Oued-el-Abiad), ou «Fleuve Blanc», ont moins d'obstacles à franchir, à cause de la plus grande simplicité du relief orographique; mais plusieurs de leurs défilés sont d'une beauté saisissante, même dans cette Espagne si riche en âpres rochers, en gorges déchirées. On cite surtout, comme étant des plus belles de la Péninsule, les clus ouvertes par les torrents qui descendent de la Muela de San Juan et des monts d'Albarracin. Le Júcar commence par couler sur le plateau comme s'il devait aller se réunir au Tage, puis il se retourne au sud et au sud-est pour atteindre, par une série de coupures, le bassin de la Méditerranée. Quant au Guadalaviar, il naît sur le versant oriental du plateau des Castilles; en entrant dans la plaine de Valence par la brèche de Chulilla, il descend de 140 mètres par une succession de nombreux rapides.
Mal alimentés par les pluies, épuisés par l'évaporation, les fleuves du versant méditerranéen n'apportent aux plaines inférieures qu'une faible quantité d'eau. Aussi les cultivateurs riverains, du moins ceux de la province de Valence, plus industrieux que leurs compatriotes de Murcie, la ménagent-ils avec le plus grand soin. A l'issue de toutes les vallées, les eaux permanentes ou temporaires apportées par les torrents sont mises en réserve au moyen de digues, dans un bassin ou pantano, puis distribuées dans les campagnes par des rigoles d'irrigation, se divisant jusqu'à complet épuisement. Nombre de rivières s'emploient jusqu'à la dernière goutte à leur travail d'arrosement avant d'atteindre le lit du fleuve maître, et les fleuves eux-mêmes, saignés de droite et de gauche, n'arrivent point à la mer, si ce n'est après les pluies soudaines et abondantes. Quand les campagnes arrosées n'absorbent pas en entier le précieux liquide, l'excédant de l'eau, chargé de terres et d'impuretés, va se répandre près de la mer dans quelque étang, mais n'a que rarement la force de percer la plage pour se former un grau de sortie [174].
Superficie du bassin. Longueur du Débit le
cours. plus faible.
Segura 22,000 kilom. car. 350 kilom. 8 mètres.
Jucar 15,000 » 511 » 22 »
Guadalaviar 8,000 » 300 » 10 »
Grâce à l'eau nourricière, la végétation des campagnes arrosées est merveilleuse de fougue et d'éclat et présente un admirable contraste avec les campos, ou terrains cultivés sans le secours de l'irrigation. Ceux-ci produisent des céréales, du vin, d'autres denrées, et pendant les années exceptionnelles par leurs pluies donnent même d'abondantes récoltes; mais qu'ils sont nus et glabres en comparaison des huertas qu'animé le murmure des eaux ruisselant sous l'ombrage!
La plus célèbre des huertas de l'Espagne est celle dont les arbres cachent à demi les murailles et les tours de Valence. Il est probable que, même dès le temps des conquérants romains, les irrigations étaient pratiquées sur les deux bords du bas Guadalaviar; mais il paraît prouvé que les grands travaux systématiques d'irrigation sont dus aux Arabes. Au moyen de huit canaux principaux qui se subdivisent en nombreuses rigoles secondaires, ou acequias, ils transformèrent toute la campagne de Valence en un paradis de verdure. Aidée dans son travail de production par des engrais que les cultivateurs diligents de la plaine vont recueillir, non-seulement dans les étables, mais aussi dans la boue des rues, la terre humide produit sans se reposer jamais, et avec une fougue étonnante. On voit dans les jardins des tiges de maïs de 5, de 6 et même de 8 mètres de hauteur; les mûriers donnent trois et quatre récoltes de feuilles dans l'année; quatre, cinq moissons de plantes diverses se font dans le même terrain; on fauche jusqu'à neuf et dix fois l'herbe renaissante des prairies. Il est vrai que toute cette végétation, trop hâtivement venue, est aqueuse et sans consistance: c'est de la sève à peine consolidée; de là le proverbe, très-malveillant pour Valence, que répètent les habitants des contrées voisines:
..... En Valencia